Le mot de ...
Le mot du Frère Joël, Chanoine
Une face de Carême
Frère Joël est Père Abbé de l’Abbaye Saint-Martin de Mondaye. Prémontré depuis 1969, il mène une vie à la fois contemplative, apostolique et fraternelle, au sein de sa communauté. Il partage avec nous son regard sur le Carême.
Une face de carême ! Le dictionnaire Petit Robert indique comme sens pour cette locution : maigre, triste, morose ! Eh bien, au contraire, pour moi, ce mot de carême évoque le muscle, la joie et l’entrain ! Le muscle, parce que le carême comporte certes une idée d’effort, mais comme l’effort de celui qui veut entreprendre une course en montagne ou une randonnée. Et cet effort-là, ça se prévoit, on entre en carême avec un sac au dos préparé et avec un itinéraire déjà contemplé sur une carte. Car je sais où je veux aller : contempler le beau lever du soleil du matin de Pâques.
Alors, voilà pourquoi il y a de la joie et de l’entrain. Cette belle antienne que nous reprenons au chœur dans notre liturgie sera comme le jingle de cette période : « Les yeux fixés sur Jésus-Christ, entrons dans le combat de Dieu ! ». Je la fredonnerai silencieusement le matin dès le début de l’oraison silencieuse, je la chantonnerai dans la journée comme on s’encourage en chantant dans le travail, je me la rappellerai peut-être aussi avec effort quand la fatigue se fera sentir et que le sac deviendra trop lourd.
Pour autant, le carême n’est pas de l’ordre de la performance physique ou même spirituelle : bien sûr, l’ascèse est nécessaire, ne serait-ce que pour vérifier si nos petites habitudes ne deviennent pas de véritables addictions, par exemple, la boîte mail ou les premières nouvelles à la radio ! Il s’agit d’un temps de recentrage sur l’essentiel, où on ravive en soi le pourquoi, ou plutôt le pour qui de notre course, de notre pèlerinage : Jésus-Christ !
Le Carême est fait pour redevenir chrétien, pour redécouvrir le beau sens de ce nom que je porte depuis mon baptême, pour raviver en moi la quête amoureuse de Celui que je cherche et que d’une manière certaine, dans la foi, j’ai déjà trouvé.

