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Le mot de...

Père Emmanuel Coquet, aumônier des Conférences jeunes de Paris depuis 2009.

 La question est redoutable : comment pouvons-nous vivre concrètement l’attention au frère ? En effet, derrière cette interrogation apparemment banale, il n’est pas possible de se cacher. Alors, montent du fond de mon histoire tous ces moments où la fidélité à ce devoir d’attention, porté par toute la Révélation, n’a pas été à la hauteur… Car la première expérience que je fais est celle d’une limite. Oui, bien souvent, cette attention aux personnes et aux situations pointe en moi un
manque. Le premier constat est là : je ne parviens pas à accueillir toutes les situations de détresse, de souffrance, d’indifférence…

 

Certes, je pourrais me trouver des excuses mais nous savons que chercher à se justifier n’est pas la bonne voie. Si je ne parviens pas à avoir cette qualité d’attention à l’autre dans une large « extension » comme je pourrais le rêver, j’ai pourtant fait un choix : vivre l’attention à l’autre dans une qualité de relation, au moment où la rencontre est vécue. Mon désir profond est bien d’être tout
entier à celui que je croise. D’une certaine manière, c’est lui signifier par une capacité d’écoute : « Quand je suis avec toi, rien n’a plus d’importance ! Tu es important pour moi. Ta joie, tes soucis, tes doutes, tes incompréhensions, tes élans de charité… Tout m’importe, ici et maintenant, parce
que c’est ta vie animée de l’Esprit. » Le temps est comme suspendu. Finalement, rien n’est à la seconde dans notre vie de prêtre. Je veux savourer cette rencontre. Il ou elle repartira sans que j’aie dit grand-chose. L’important n’était pas dans une possible abondance de paroles mais dans cette écoute et cette bienveillance, dans cette empathie et cette compassion. « Soyez joyeux avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. » (Rm 12, 15).

 

Dans cette attention, je ne redoute pas le silence. « Je me suis souvent repenti d’avoir parlé, mais jamais de m’être tu », disait Philippe de Commynes. C’est aussi cette attention dans le silence qui transcende les mots auprès du souffrant. Qualité de présence et de silence qui laisse place à l’Autre et où l’attention n’est plus une vertu mais la qualité de notre être, tout simplement parce que nous n’aurons pas pris toute la place, mais que se sera dégagé un espace pour que l’Esprit Saint parle au coeur. S’il fallait nommer une autre manière de manifester une attention à mes frères, j’évoquerais volontiers la prière. Cela peut sembler paradoxal, mais par ce « lieu » de la prière je rejoins ceux que je ne peux accueillir. Cela fait partie d’une vie de charité ; prier pour ceux qui n’ont pas les mots, la liberté pour le faire. La prière affine notre sens de l’attention à l’autre. Cela passe par l’attention au Christ, à sa Parole qui donne crédit à la parole de l’autre. //

 

+ Père Emmanuel Coquet

Chapelain de Notre-Dame-du-Saint-Sacrement à Paris

& Aumônier des Conférences jeunes de Paris.

 

Père Emmanuel Coquet

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