Lancement de la Grande Cause nationale 2011 à Matignon
Par le Premier Ministre François Fillon en présence des représentants des 26 associations partenaires.
Discours du Premier Ministre François Fillon www.gouvernement.fr
Discours de Bruno Dardelet
Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs, et chers Amis,
"La solitude, inacceptable indifférence"… La Société de Saint-Vincent-de-Paul porte ce cri depuis plusieurs années. Plusieurs milliers de personnes l'ont soutenu avec nous en signant un appel pour attirer l'attention des pouvoirs publics pour la reconnaissance de ce sujet de société comme Grande Cause Nationale. Plus de cent personnalités, dont plusieurs sont ici présentes, se sont mobilisées à nos côtés. Plus encore, vingt-quatre associations –fers de lance sur de nombreux fronts de la solitude – ont formé ce merveilleux panorama de l'action citoyenne dans un large éventail d'humanité et de solidarité. Et vous nous avez entendu, Monsieur le Premier Ministre, merci, en nous accordant le soutien de la nation par ce label de Grande Cause Nationale que vous officialisez aujourd'hui.
Cette reconnaissance officielle d'un mal qui va grandissant dans notre société ne peut être pour toutes les associations, ici représentées, qu'un formidable encouragement à poursuivre leur action militante de bénévoles, au service des plus pauvres de nos concitoyens. L'année 2011 – année du bénévolat – nous y invite plus encore. Et lorsque nous écoutons nos concitoyens, nous sommes frappés de vérifier que la solitude n'a ni âge, ni condition sociale, ni lieux privilégiés. Elle est partout. Elle s'infiltre, insidieuse et silencieuse. C'est une des pires maladies de notre temps. Une maladie grave, multiforme, mortelle parfois, mais qui par définition ne fait pas de bruit. Car elle se cache, la solitude. Nous passons sans la voir. Plus de 91 % des Français affirment être préoccupés par le sujet. 48 % disent en avoir souffert et 64 % souhaitent que ce dossier devienne "Grande Cause Nationale".
Voilà qui est fait. Avec nous, Monsieur le Premier Ministre, vous avez entendu ces chiffres et les peines qu'ils sous-tendent. C'est la raison de notre mobilisation pour redonner aux Français le goût de la Fraternité, ce troisième élément de notre devise républicaine que les évolutions de notre société tendent à nous faire quelque peu oublier.
Ne plus être une "inacceptable indifférence", mais au contraire devenir l'enjeu d'un nouvel élan du mieux-vivre citoyen. Que notre action engendre un peu partout des actes simples qui recréent du lien fraternel : un geste, une parole, un sourire, un peu d'attention, un peu d'amour… "On ne baisse pas les bras lorsque l'on tend la main" (Bruno Frappat).
Qu'on ne puisse plus retrouver une femme âgée prisonnière de sa salle de bain, que l'on ne rencontre plus dans la rue une maman, avec ses deux enfants, soudain tombée dans le plus extrême des abandons, que plus jamais ce soit l'odeur insupportable qui signale dans l'escalier la mort d'un ancien depuis plusieurs semaines, que les jeunes actifs aient un autre toit que leur voiture pour dormir la nuit, et que les paysans de plus de cinquante ans ne soient plus en tête des suicides de cet âge… Qu'en un mot, prenant conscience de la vie de ceux qui partagent notre sol, nous refusions que la solitude devienne la porte de toutes les pauvretés. "La plus grande des pauvretés – nous dit Mère Térésa – c'est de n'exister pour personne".
Qu'au contraire, ensemble, nous apprenions à retrouver l'acte citoyen et le geste fraternel qui accompagne et fait grandir. Que nous sachions sonner à la porte de la voisine du 3 °étage, juste pour lui dire que nous sommes là, et qu'on veille si elle le souhaite. Que nous accueillions l'orphelin de 16 heures et l'aidions à faire ses devoirs. Que le jeune chômeur soit accompagné chez un possible employeur. Que l'ancien dans sa maison de retraite reçoive des visites. Et que la femme seule soit écoutée longuement…
Nos associations savent les misères et les manques. Elles sont à la tâche chaque jour. Elles ne pourront pas répondre à toutes les attentes si elles ne sont pas soutenues par tous les Français. Vous nous offrez, Monsieur le Premier Ministre, l'occasion de nous mobiliser pour qu'un élan nouveau embrase chacun de nous. Il en faut peu pour adoucir les difficultés de beaucoup. La Grande Cause va nous permettre d'aller plus loin en faisant aussi appel à la générosité publique dont nous savons qu'elle est toujours suivie. Nous le vérifions chaque jour, l'acte citoyen se retrouve dans toutes les générosités.
La lutte contre la solitude passe aussi par des moments de loisirs qui redonnent un peu d'espérance. Ce sont ces "petits riens" dont sont privés ceux qui sont seuls et qui deviennent pauvres. Une place de cinéma. Une soirée au théâtre ou au concert. Une rencontre de foot ou de rugby… Ces presque riens de la vie qui mettent à l'égal des autres. Nous solliciterons vos ministres, Monsieur le premier Ministre, pour qu'ils nous ouvrent des portes. Il suffit de peu pour convaincre des responsables nationaux culturels, sportifs, économiques. Un appui ministériel peut changer bien des choses. Oserais-je citer ici Charles De Gaulle : "Dans ce monde d'aujourd'hui, on ne peut dissocier le sentiment et la politique" ?
"Garde-toi du découragement : c'est la mort de l'âme" disait Frédéric Ozanam, créateur de la Société de Saint-Vincent de Paul. Combattre le découragement, c'est aussi l'un des points qui nous sont communs. Il sous-tend l'action que nous allons mener dans les douze prochains mois au cours desquels, mois par mois, sur douze thèmes complémentaires, région par région, mobilisant nos troupes sur tout le territoire national, nous inviterons au débat et ouvrirons plus encore nos lieux d'accueils et de permanences. Ce seront autant de "Points de Fraternité" où chacun pourra ouvrir la porte, sûr d'être accueilli et écouté, et de pouvoir atténuer (sinon rompre) cette solitude qui ronge et n'attend qu'un peu d'écoute fraternelle pour faire revivre l'espoir.
En offrant la Grande Cause à ce merveilleux panel associatif que nous composons dans un élan citoyen et fraternel, vous nous donnez des pistes.
Les médias publics vont montrer la voie. Nous solliciterons les autres. Certains sont déjà nos partenaires. D'autres nous annoncent leur participation. Afficheurs et médias, régisseurs publicitaires et industriels sont encore à convaincre. Nous le ferons avec détermination et enthousiasme, parce que nous savons que la cause à défendre est juste et qu'elle répond à un vrai temps de partage.
Tel est notre engagement. Au nom de tous, je vous remercie très sincèrement de votre soutien.
Bruno Dardelet,
Président National de la Société de Saint-Vincent-de-Paul
22 décembre 2010



