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MIEUX CONNAITRE SAINT VINCENT DE PAUL

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Décédé il y a plus de 350 ans, St Vincent inspire encore. Comment expliquer cette pérennité si ce n’est par la teneur même de sa spiritualité : une adhésion à Jésus-Christ, envoyé aux pauvres et incarné dans l’Histoire. Portrait d’un homme pour qui la foi en Dieu et l’engagement concret ne font qu’un

D’Alain PEREZ

Né dans une famille rurale, pauvre et traditionnellement chrétienne, la foi de saint Vincent de Paul fut orientée par la pensée de la Providence et nourrie de l’Evangile. C’était une foi simple, qui « n’épluchait pas », comme il disait, une foi pratique et concrète, plus attirée par la vie que par les considérations intellectuelles. Ainsi, par formation mais aussi par tempérament, St Vincent accorda une grande importance à la vie, à l’événement, à l’expérience. Cette réalité colora toute sa spiritualité et détermina sa façon de chercher et de trouver le Christ dans l’Evangile.

Ces éléments aident à comprendre l’impact qu’ont eu dans sa vie deux faits inattendus, qui se déroulèrent entre janvier et août 1617 et qui marquèrent à tout jamais sa spiritualité.

St Vincent raconta lui-même le premier événement, dans une conférence donnée  aux prêtres de la Mission : « Un jour, on m’appela pour aller confesser un pauvre homme dangereusement malade, qui était en réputation d’être le plus homme de bien, ou au moins un des plus hommes de bien de son village (Gannes). Il se trouva néanmoins qu’il était chargé de péchés qu’il n’avait jamais osé déclarer en confession, ainsi qu’il le déclara lui-même tout haut par après en présence de feue Madame la générale des galères, lui disant : « Madame, j’étais damné, si je n’eusse fait une confession générale, à raison de gros péchés que je n’avais jamais osé confesser. » Cet homme mourut ensuite, et ma dite dame, ayant reconnu par là la nécessité des confessions générales, désira que je fisse le lendemain une prédication sur ce sujet.

Le deuxième événement s’est déroulé à Châtillon, dans les Dombes. « Vous saurez donc, raconta-t-il un jour aux Filles de la Charité, qu’étant auprès de Lyon en une petite ville où la Providence m’avait appelé pour être curé, un dimanche, comme je m’habillais pour dire la sainte Messe, on me vint dire que dans une maison écartée des autres, à un quart de lieu de là, tout le monde était malade, sans qu’il resta une seule personne pour assister les autres, et toutes dans une nécessité qui ne se pouvait dire. Cela me toucha sensiblement le cœur. Je ne manquai pas de les recommander au prône avec affection, et Dieu, touchant le cœur de ceux qui m’écoutaient, fit qu’ils se trouvèrent tous émus de compassion pour ces pauvres affligés.

La place de l’Evangile

Un autre aspect de la spiritualité de St Vincent, c’est la place de l’Evangile dans sa vie. L’Evangile était pour lui le livre de la foi par excellence, le livre qui lui permettait de retrouver directement, de façon simple, la pensée et la volonté de Jésus-Christ. Pour alimenter sa foi, Vincent de Paul avait une façon personnelle d’aborder l’Evangile : il y entrait toujours par deux portes, Luc 4,18 et Matthieu 25,31. Dans le passage de Luc, Jésus s’applique à lui-même les paroles du prophète Isaïe : « Le Seigneur m’a envoyé annoncer l’Evangile aux pauvres. » Pour St Vincent, ce texte était l’explication de base de tout l’Evangile. Sa lecture n’était pas  celle  d’un  exégète ou d’un théologien, mais bien celle d’un missionnaire qui interprète chaque passage évangélique en fonction de l’annonce aux pauvres. La vision du Christ  qu’il nous offre n’est pas celle du Christ Maître, Sauveur ou parfait Adorateur du  Père, ni celle du Christ image de Dieu, mais plutôt, encore une fois, celle du Christ évangélisateur  des pauvres.

La deuxième clé de lecture de St Vincent (Mt 24,31-46) ne fait qu’accentuer cet aspect de sa foi. C’est l’évocation du jugement dernier rendu par le Christ : « Tout   ce que vous avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait… Tout ce que vous n’avez pas fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait. » C’est assez clair  !

Pour Vincent, il semblait dès lors certain que l’événement était un signe de Dieu, et même un signe privilégié pour peu qu’il concernait directement les pauvres. Certes, saint Vincent était un homme concret et même pragmatique. Cependant, sa foi, vécue à partir de sa vie spirituelle, l’amena à considérer l’événement comme porteur de message et de la présence du Christ.

C’est ainsi qu’il encouragea ses missionnaires à regarder les pauvres à la lumière de la foi et à ne pas s’arrêter aux apparences : « Je ne dois pas considérer un pauvre paysan ou une pauvre femme selon leur extérieur, ni selon ce qui paraît de la portée de leur esprit, disait-il, d’autant que bien souvent ils n’ont pas presque la figure, ni l’esprit de personnes raisonnables tant ils sont grossiers et terrestres.

Dans l’événement, Vincent de Paul apprit à reconnaître non seulement la présence de Jésus-Christ, mais aussi sa volonté.

« Il faut la vie intérieure, il faut tendre là ; si on y manque, on manque à tout » ou « Donnez-moi un homme d’oraison et il sera capable de tout » ? Il faut le reconnaître objectivement, avec l’historien Henri Brémond : « Le plus grand de nos hommes d’action, c’est le mysticisme qui nous l’a donné. »

 

Ces trois saints n’auraient jamais pu imaginer leur impact sur le monde

de Larry Peterson

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Vincent de Paul, Jeanne Jugan et Frédéric Ozanam ont fait leur travail sans jamais rien attendre en retour.

Saint Servan, France, 1839 : une nuit d’hiver glaciale, Jeanne Jugan recueille chez elle Anne Chauvin, une vieille femme aveugle et infirme. Ce sera le début de son œuvre au service de Dieu en faveur des pauvres. Peu de temps après, toute une communauté de femmes s’alliera à elle dans son combat alors qu’un nombre grandissant de personnes sont recueillies. Elles deviendront les Petites Sœurs des Pauvres. En 1879, ce sont plus de 2 400 religieuses de cette congrégation qui œuvrent dans neuf pays. Jeanne Jugan sera canonisée en 2009 par le pape Benoît XVI.

À la même époque, à Paris, Frédéric Ozanam répond lui aussi aux grâces de Dieu. Étudiant à la Sorbonne, il est raillé par ses camarades « éclairés » qui le somment de « pratiquer ce qu’il prêche ». Il les prendra au mot en donnant son manteau à un clochard. Puis en 1833, il fonde avec plusieurs amis la Société de Saint-Vincent-de-Paul, choisissant ce nom en hommage saint Vincent pour son œuvre auprès des pauvres. Jamais n’aurait-il pu imaginer que 170 ans après sa mort, son organisation compterait près d’un million de membres et aiderait les plus démunis dans le monde entier. Il sera béatifié par le pape Jean-Paul II en 1997.

Sainte Jeanne Jugan elle non plus n’aurait jamais pu imaginer que son geste initial changerait la vie de milliers et de milliers de personnes âgées démunies et malades aux quatre coins du monde.

Sur plusieurs siècles donc, ces trois saints ont vu leurs chemins se croiser alors que leurs disciples ont tendu la main aux pauvres, aux sans-logis et aux démunis, où qu’ils soient.

Rien d’autre que répondre à la grâce de Dieu

Ces trois saints n’ont probablement jamais imaginé l’impact de leurs actes simples de bonté. Ils n’ont fait que répondre à la grâce de Dieu. Jeanne a recueilli cette vieille dame malade, Frédéric a donné son manteau, et Vincent a travaillé auprès des pauvres paysans et a fondé les Filles de la Charité.

Mais ils ont deux points en commun : ils ont embrassé la grâce de Dieu et ont répondu à Son appel, et ils ont accueilli tous ceux qui venaient à eux et toutes les épreuves les bras ouverts, sans jamais demander quoi que ce soit en retour. Leur héritage reste vivant dans les milliers de milliers de personnes qui les ont suivies, et dans les millions de personnes qu’ils ont aidées grâce à leur simple acte de foi.

En tant que catholique, je ressens un profond amour pour ces personnes mais aussi beaucoup de fierté à l’idée de faire partie de leurs familles élargies. Ils ont montré l’exemple, un magnifique exemple qu’il faut suivre. Ils sont nos héros catholiques. Ils ont tout donné sans rien demander en retour. Je suis si heureux de pouvoir leur parler. Ce que je préfère, c’est quand ils me répondent. Et ils finissent toujours par le faire, d’une façon ou d’une autre.

Saint Vincent de Paul, sainte Jeanne Jugan et bienheureux Frédéric Ozanam, continuez de prier pour nous tous. Et surtout… Merci !

 

Le pape François aurait pu s’appeler Vincent ! »

Avec « Vincent de Paul, un saint au Grand Siècle », Marie-Joëlle Guillaume, agrégée de lettres classiques, livre une excellente biographie d’un saint à l’immense héritage.

 Vous dites avec humour que Vincent de Paul n’aurait sûrement pas été saint Vincent de Paul sans les femmes qui l’ont entouré. Quel est l’apport des femmes dans son œuvre ?

Marie-Joëlle Guillaume : Immense. D’abord parce qu’elles avaient l’entregent nécessaire, mais aussi parce que l’époque regorge de femmes remarquables, et qui ont su s’engager. Mme de Gondi, puis Louise de Marillac, sont les premières. Mais la duchesse d’Aiguillon, nièce de Richelieu, fut une vraie « camarade de combat » pour Vincent. Il y eut aussi la présidente de Herse, Mesdames de Lamoignon mère et fille, Mlle Viole, Mlle Poulaillon, tant d’autres… Et il y eut la confiance d’Anne d’Autriche !

Si l’attention aux pauvres est au centre de son œuvre, Vincent de Paul est également un homme de son siècle, vivant aux heures de la Réforme. C’est à ce titre qu’il se sent également concerné par la formation des prêtres. Pouvez-vous nous en dire plus sur la Conférence des mardis ?
La Conférence des mardis, fondée par Vincent en 1633 dans la foulée de l’organisation des retraites aux ordinands – prêchées au prieuré de Saint-Lazare à Paris – a pour but d’entretenir et approfondir la formation des prêtres, dans l’amitié et la prière communes. La Conférence des mardis eut un rayonnement considérable. À la mort de Vincent, 22 évêques auront été choisis parmi ses membres. Bossuet, jeune prêtre, y fut formé…

Quelles sont ses principales qualités, est-il un bon gestionnaire ?
Son humilité, sa bonté, son abandon à la Providence sont bien connus. On sait moins qu’il avait un don pour le gouvernement des hommes (et des femmes !) et la gestion des choses… et qu’il l’a utilisé ! Il pourrait être le saint patron de nos modernes DRH… D’une très grande rigueur personnelle, il ne supportait pas l’à-peu-près dans la gestion, mais il savait entraîner les autres. Il savait aussi rendre compte… aux Dames de la Charité !

Comment Vincent traverse t-il les crises de son siècle que sont le jansénisme et ensuite la Fronde (1648-1653) ?
La crise janséniste éclate en 1643 autour du livre d’Antoine Arnauld. Vincent est alors membre du Conseil de conscience d’Anne d’Autriche. Son amitié ancienne pour Saint-Cyran, proche de Jansénius, l’a conduit à prendre sa défense en 1639, après son arrestation par Richelieu. Mais Vincent a perçu le danger des idées jansénistes et il luttera de toute son intelligence, après la mort de Saint-Cyran, pour que Rome sache et se prononce. Il ne le fait pas en homme de parti, mais au service de la vérité, humblement.

Pendant la Fronde, outre le soin sans mesure donné aux pauvres par lui et les siens, Vincent prendra tous les risques pour tenter d’empêcher, par son influence au sommet du Royaume, le blocus de Paris en janvier 1649. Il s’efforcera ensuite d’œuvrer, jusqu’à la fin, au service de la paix civile. Ses initiatives appartiennent à l’Histoire.

Quels sont les héritages que nous devons à Saint Vincent de Paul ? Pouvons-nous tisser des liens entre lui et le pape François ? Les Filles de la Charité existent elles toujours ?
Il y a des héritages institutionnels : prêtres de la Mission et Filles de la Charité, essaimés dans le monde entier ; société de Saint-Vincent-de-Paul, fondée au XIXe siècle par Frédéric Ozanam ; Association internationale des Charités, héritière des Dames…

En dehors de l’Église, l’œuvre des Enfants trouvés a été la matrice de l’assistance publique et l’assistance sociale organisée a pris appui sur l’exemple de Monsieur Vincent. Il nous a légué un état d’esprit, inséparable de l’image de la France.

Le pape François aurait pu s’appeler Vincent ! Son message au service des pauvres et d’une ‘écologie humaine intégrale’ rejoint en profondeur le souci constant de Vincent : ne jamais séparer, dans la charité, les besoins du corps et ceux de l’âme.

Propos recueillis par Jean Müller

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Vincent – Un saint au temps des mousquetaires » a reçu le prix international de la BD chrétienne d’Angoulême 2017.

La bande-dessinée « Vincent – Un saint au temps des mousquetaires » a reçu le prix international de la BD chrétienne d’Angoulême 2017, ex aequo avec « Les Larmes d’Esther » (éd. Bayard BD).


Martin Jamar et Jean Dufaux, deux « grands » de la BD, campent un géant, saint Vincent de Paul, dans une en BD, qui tient autant de la vie de saint que du polar.

Saint Vincent de Paul a toutes les qualités requises pour une carrière d’inspecteur de police. Il connaît le tout Paris comme personne et sait s’entendre avec le dernier des mendiants, comme avec les grands du royaume… et jusqu’au roi Louis XIII ! Rigoureux, et fin connaisseur de l’âme humaine, il fraye, dans Vincent, un saint au temps des mousquetaires, avec les pires crapules de Paris, cherchant à résoudre une affaire qui aurait donné du fil à retordre au commissaire Maigret en personne. « Je voulais une histoire que tout le monde puisse lire, une enquête que l’on a envie de résoudre » explique Jean Dufaux, scénariste de près de 200 titres, essentiellement des bandes dessinées (Murena, Complaintes des Landes perdues, les Voleurs d’Empires etc).

« Saint Vincent ? Une évidence ! »

Dans cette épaisse bibliographie, il n’y avait à ce jour aucune vie de saint, aucun sujet strictement religieux, mais pour autant, faire une histoire de saint Vincent de Paul semblait « évident » à Jean Dufaux. « Certains dessinateurs à qui j’ai proposé le projet ont ricané, mais c’est un sujet que je voulais traiter depuis longtemps », assure-t-il. Pas question pour autant d’écrire une biographie, il préfère mettre en scène le saint comme le personnage central d’une intrigue, dont on découvre les qualités au fil du récit.

Un Vincent heureux

Dufaux confesse avoir vu dans le Monsieur Vincent de Maurice Cloche un modèle écrasant « Dans le film, magnifique, Vincent – Pierre Fresnay – porte le monde sur ses épaules ». Il préfère camper un Vincent plus jeune, et lui prête les traits de Lambert Wilson : « Là aussi une évidence, surtout en raison de sa prestation dans Hiver 54 ». Le Vincent décrit par Dufaux est à la fois ascétique et heureux, conscient de la misère humaine mais expliquant : « Dieu aime que l’on soit heureux. C’est une manière de la respecter que d’être heureux… » Pour ses dialogues, Jean Dufaux a volontiers puisé dans les paroles de saint Vincent de Paul lui-même : « c’est un privilège, de pouvoir mêler sa plume à celle d’un personnage comme celui-là », se réjouit-il.

 

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