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01
Mai

Journée spirituelle du 1er mai 2019 des Conférences de  Saint Vincent de Paul du Haut-Rhin aux Trois Épis

Journée spirituelle du 1er mai 2019 des Conférences de  Saint Vincent de Paul du Haut-Rhin aux Trois Épis

Intervenant Jean Marc Bottais

1ère partie :

A partir du message du Christ auprès des pauvres, dans l’évangile, comment orienter notre action au sein de la Conférence Saint Vincent de Paul aujourd’hui ?

Questions et témoignages :

Existe-t il un modèle social pour l’Eglise ?

Jean-Marc Bottais :

Grandir, être plus et non avoir plus ! s’accomplir en humanité

Je m’enrichis aussi de la rencontre des autres, des pauvres !

C’est la question du christianisme social. Ce que nous pouvons dire, c’est que le vrai partage au sens de celui des premières communautés chrétiennes de l’Eglise n’est possible qu’à petite échelle.

Bernard Perrin :

Il n’existe pas de recette, ni de système parfait à partir de l’évangile.

L’action de l’Esprit Saint nous donne un chemin pour trouver des solutions compte tenu du moment et des circonstances.

Les conférences de Colmar témoignent de la Providence qui pourvoit dans le cadre des 6 familles hébergées avec Espoir. Gardons en tête que nous ne sommes pas propriétaires, possesseurs de ce que nous donnons.

2ème partie :

A partir de l’intuition de Frédéric Ozanam et de St Vincent de Paul, comment adapter en notre temps notre action aux demandes ? Que proposer à nos conférences ?

Sœur Suzanne reprend l’évènement fondateur pour Vincent de Paul en août 1617 à Chatillon de Chalaronne où il venait d’arriver comme curé : ému par une famille malade et en grande difficulté, il appelle ses paroissiens à lui porter secours et nombre lui répondent positivement.

En effet les pauvres sont le chemin sur lequel Dieu a choisi de parler à Vincent de Paul. Et ce Christ qui est au centre de sa foi, de sa vie et du salut, Vincent le contemple dans les pauvres.

Et pour nous aujourd’hui ?

Se laisser toucher par une situation de détresse, en parler en équipe et se mobiliser pour y répondre.

Et voir dans la prière menée avec humilité, confiance et persévérance une nécessité : nous y apprenons le langage de Dieu qui source de sagesse, de lumière et d’amour.

L’Amour est inventif à l’infini ! Place privilégiée de Marie, la mère de Dieu.

Jean-Marc Bottais rajoute :

Se laisser toucher non pas par une pitié misérabiliste, mais par un appel au service en y associant d’autres. Le discernement se fait dans la prière, le travail en équipe et la parole de Dieu : il s’entretient, sans magie !

Sœur Suzanne reprend :

Vincent de Paul a aidé beaucoup de pauvres parce qu’il a mis en marche par la Providence beaucoup de gens depuis des siècles. Dieu est puissant en œuvres.

Quelques témoignages et réflexions des participants :

  • Colmar : les accueils, lieux de rencontre en humanité. On prie avant de commencer pour redonner de l’humanité (l’homme véritable). Jésus au moment de la rencontre : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » et jésus se mit à l’aimer. Toute personne a de la valeur et a sa liberté.
  • Les 3 Conférences Ste Marie, St Joseph et St Léon travaillent beaucoup ensemble sur le terrain. Et aussi réunion d’équipe et de prière, lecture de la BD sur Vincent de Paul
  • Le problème de la misère cachée et de la solitude : certaines personnes et familles ne se montrent pas, n’osent pas demander par pudeur
  • Comment garder l’espérance ? Face à des situations dramatiques, lourdes, prenons garde à l’exigence d’immédiateté et de résultat
  • Accepter d’être interpellé par des non-chrétiens
  • La visite à domicile, l’accueil à plusieurs membres, nos expériences d’équipe seraient à reprendre

Quelques phrases choc de nos intervenants :

  • Qu’est-ce qui nous unit aux pauvres ? des visages, leurs histoires, la qualité de nos relations, la justice (malgré nos limites), le fait de leur apporter un peu de bonheur, un surplus de vie au-delà du matériel, le fait que ces personnes sont porteuses de semences d’amour prêtes à germer
  • Heureux les pauvres, malheur aux riches ; pourtant la richesse en soi n’est pas une perdition (il nous faut des donateurs !) ; il nous faut être conscients de nos misères personnelles pour accueillir Dieu. C’est la dépossession de soi qui est primordiale : Jésus l’a vécu jusque don de soi sur sa croix.
  • Voir le Christ dans l’autre suppose de vaincre nos peurs

Intervention de Bernard Perrin

Introduction au Discernement

Pedro Meca, animateur de La Moquette à Paris, un lieu d’accueil ouvert la nuit, disait : « quand une personne vient me proposer 4h de bénévolat, je lui dis : » j’en prends 3 et gardez la 4ème heure pour réfléchir à ce que vous aurez vécu dans les 3 autres » ».

C’est dire l’importance de faire une pause, de prendre du recul, et de regarder le sens de ce que l’on fait au service des pauvres.

Vous m’avez dit :  »discerner ». Qu’est-ce que c’est ?

– C’est interroger notre pratique dans la relation avec les personnes aidées ou visitées, notre engagement concret à la Conférence St Vincent de Paul

Pour cela, il est bon de partir de la vie, des personnes aidées, visitées, de la relation établie avec elles, se mettre dans leur peau,

mais pas de partir de nous, Conférence, dans le sens où on aurait pensé pour elles, avec un schéma tout prêt.

rejoignant ainsi St Vincent de Paul quand il dit :  »les pauvres sont nos maîtres ».

C’est se mettre à leur école.

– C’est ajuster nos manières de faire, pour mieux voir ce qui est en jeu concernant les personnes aidées ou accompagnées, à travers l’aide première, (nourrir, vêtir, visiter…),  mais aussi au-delà, à savoir le sens de la vie offert par nos démarches et notre compagnonnage, bref tout ce qui se révèle essentiel, pour l’aidé comme pour l’aidant.

– Ainsi de nombreuses questions jaillissent :

Le  »pour quoi » :  la finalité, que vise-t-on dans telle action ou démarche, au service des pauvres?

Le  »comment » aider ? Dans quel esprit ?

Qu’est-ce que cela implique pour les bénévoles, si  »les pauvres sont nos Maitres » ? .. etc ….

Quels choix faire pour bien faire ? C’est du discernement, individuel ou collectif.

1/1

Le discernement .

Il comprend plusieurs étapes. Donner la parole et écouter. Relire. Discerner pour décider et agir.

Sont présents, non pas deux composantes : les bénéficiaires et les bénévoles de la Conférence, mais trois, car l’Esprit Saint est là, à l’oeuvre en nous, à chaque instant, et chez tout homme donc chez les bénéficiaires. Laissons lui sa place et repérons ses traces pour construire avec lui.

VOIR  pour cela

  1. 1.Ecouter les personnes bénéficiaires d’aide ou de visite, donc donner la parole.

Etre toute oreille et tout cœur ouverts.

– Donner la parole, c’est chasser toute supposition et penser que l’autre a du positif à dire.

– Donner la parole à quelqu’un, c’est le faire exister, lui reconnaître sa dignité.

En le mettant au centre, on lui donne une chance de s’affirmer comme sujet, comme acteur de sa    vie. On lui fait confiance et on accueille même l’inattendu. On fait place à son point de vue. Il se sent considéré. Tout change. Une route possible s’ouvre et il accepte de cheminer avec nous.

– Donner la parole aux autres, c’est abaisser les défenses, ouvrir les barrières.

On peut alors repérer l’humain qui s’exprime à travers leurs colères ou leurs attentes. Parfois on rencontre de l’inhumain à combattre.

– Donner la parole, c’est déjà entrevoir la vie de Dieu couler dans ce qui se dit ou ce qui se vit, c’est nous préparer à voir les chemins de l’Esprit dans ce qui est dit.

– Donner la parole, c’est adopter la posture de Jésus qui se faisait le demandeur :  »donne moi à boire » à la Samaritaine, Jn 4. ou bien  »que veux-tu que je fasse pour toi », à Bartimée.

C’est mettre le pauvre au centre, nous décentrer nous-mêmes.

Ecouter un frère ou une sœur, c’est faire pour eux ce que Dieu fait pour nous.

C’est pratiquer  »l’apostolat de l’oreille », comme dit le Pape François.

Mais c’est toujours bon d’avoir avec soi des coton-tiges.

2. La relecture  ensemble:  d’un événement, d’une situation, de faits, d’un itinéraire, d’une rencontre où sont impliquées les personnes aidées ou visitées.

– C’est un temps de pause, d’arrêt sur image, (où chacun reprend sa face Marie en laissant de côté sa face Marthe ( Lc 10, 38-42).

Relecture horizontale, où chacun parle à égalité, sans hiérarchie, sans crainte d’être jugé.

– C’est le temps de l’observation sur ce qui est arrivé. Que s’est-il passé ?

On repart du vécu, exprimé en récit par l’un ou l’autre et qui vient de l’écoute des pauvres.

Chacun regarde comment il est provoqué, touché, déstabilisé ou pas, repérant le positif, ce qui lui semble manquer de clarté, ce qui le freine ou le paralyse, puis après avoir  »rangé sa chambre intérieure », il écoute et accueille ce qui lui vient des membres du groupe de relecture.

– Temps de partage important qui donne du recul et de l’élan. Il permet de rassembler les fils épars du passé, de faire le lien avec le présent et d’ouvrir une trame pour l’avenir.

* JUGER

C’est le discernement :

Le mot  »discerner » veut dire : distinguer, différencier, reconnaître par la vue, apprécier avec justesse des situations.

     C’est le temps de l’appréciation :

– voir l’importance de la situation ou d’un évènement

– Voir le degré d’urgence

– voir ce qui semble prioritaire : hiérarchiser les objectifs possibles, les étapes d’un chemin.

– Distinguer l’essentiel de l’accessoire.

Le but étant de voir l »humain »qui est en jeu, en vue d’une transformation des gens, de leur situation pour une vie humaine meilleure.

Chacun dans le groupe repère ce qui lui paraît précieux, lumineux dans le tour de table et dans l’échange.

Reconnaitre les signes de l’Esprit.

La relecture a préparé à voir des  »signes » qui révèlent ce qui est souvent caché.

(Jésus utilisait beaucoup le langage des signes, il l’apprenait à ses disciples : cf Luc 13, 54-57.

« Quand vous voyez un nuage se lever au couchant, vous dites : »la pluie va venir » et ça arrive.

Quand se lève le vent du midi, vous dites : »il va faire une chaleur accablante » et c’est ce qui arrive.

Pourquoi ne jugez-vous pas par vous mêmes de ce qui est juste ? » On reconnait l’arbre à ses fruits.

Jésus lui-même est un signe : on le reconnaît comme Messie venu de Dieu à ce qu’il donne à voir de sa vie.

En regardant l’obole de la veuve et les autres sommes déposées dans le tronc du Temple, Jésus

faisait état des conditions de vie de chacun de ceux qui versent des sommes. Luc 21, 1-4.)

Si on se pose la question : qu’y a-t-il d’évangélique dans notre manière de faire ?

Il faut alors donner la parole à Jésus, ouvrir l’évangile.

Travail d’interprétation dans lequel l’Esprit a toute sa place.

On cherche à mettre nos pas dans ceux de Jésus, pour vivre les bouts de chemins engagés avec nos frères humains. Jésus est notre référence et notre Source.

Temps d’ajustement à la manière d’être et d’agir de Jésus.

Nous ne sommes pas à notre compte, considérons-nous comme des  »envoyés ». Jean 20, 21.

* AGIR

 

C’est le temps des décisions.  On a discerné pour agir. On va mettre en pratique.

Il faut décider d’une action, d’un changement, en vue d’une plus grande humanité pour les personnes aidées, pour qu’elles puissent grandir, devenir elles mêmes, libres et responsables, actrices de leur propre vie.

° Agir sur le court terme ou le long terme ?

° Agir sur les causes ou les conséquences d’un mal ou d’une situation ?

Et puis on prend les moyens pour que la décision ne reste pas lettre morte.

Si l’unanimité ne s’est pas faite, il est toujours possible de faire un vote à la majorité.

Reste la question des délais, de la répartition des tâches, des étapes nécessaires, du point à faire à chaque étape si c’est nécessaire, etc..

Ainsi se réalise une approche, la plus authentique possible de notre vocation St V. de Paul.

     »Le drame des pauvres, c’est que personne n’a besoin de leur amitié ». 

(Parole d’un gars du bidonville de Noisy-le-grand au P. Joseph Wresinsky d’ATD Quart-monde)

 

  1. Nourrir, vêtir, visiter, ne suffit pas, même si c’est nécessaire et urgent.

Nourrir, vêtir, visiter, etc  nous le faisons, mais notre mission ne se réduit pas à cela si on respecte la dignité d’une personne humaine, don de Dieu à tout être humain.

Quand Jésus guérit quelqu’un, le remet debout ou le réinsère dans la vie sociale, il agit à la fois sur le corps (du paralysé, de l’aveugle, du lépreux..) et il intervient sur une dimension spirituelle de sa vie d’homme.

Avec le paralysé de Capharnaüm, il pardonne même ses péchés avant de le guérir. Mc 2, 1-12.

A chaque guérison, il y a toujours plus que l’action sur le corps.

Souvent il ajoute :  »ta foi t’a sauvé ». Il a déclenché quelque chose de plus profond, au fond du coeur, ou d’une conscience endormie, et ça déclenche de l’élan, de l’amitié, ou d’autres sentiments enfouis, etc…

Le Christ du jugement dernier, selon Matthieu 25, 40, reconnaît pour les siens tous ceux qui servent les corps de ceux qui ont faim, soif ou froid, qui sont en manque de l’essentiel pour vivre humainement. Ce sont autant de gestes de reconnaissance de ce qu’est un homme dans sa dignité entière. Le Christ parle aussi de visites, c’est plus que donner à manger ou vêtir.

Le jugement dernier ne porte pas  sur la pratique religieuse, mais sur ce soin aux personnes dans leur pauvreté, aux deux niveaux évoqués plus haut.

Reconnaitre cette dignité humaine, c’est reconnaître aussi qui est Dieu, même si on n’en a pas conscience.

Notre action vise une libération des pauvres, pour qu’ils passent d’une dépendance à une indépendance, humaine, financière, affective. De toute façon  »humanisante » !

Elle ne s’attache pas qu’au corps, au matériel, elle vise la personne dans sa totalité.

Les corps ont besoin de manger, de se vêtir, de s’abriter pour vivre normalement mais aussi de relations humaines qui se traduisent par de l’amitié, par des visites, à l’hôpital, en prison, ou à la maison, etc…

Par le partage et la justice, notre action rejoint le don du Royaume annoncé par Jésus. Car la vie, celle qui ne dépend pas que du pain, est plus que la nourriture des corps.

Luc 12, 13-15, 22-32.

Le but en définitive n’est pas de développer notre projet, si bien ficelé soit-il, mais que les pauvres sortent de leur misère et qu’ils grandissent en humanité.

C’est cela qui a du sens si on est à l’écoute de leurs besoins, de leur attente, de leurs aspirations profondes.

  1. Pas sans les pauvres

Tout être humain porte en lui, déposée au fond de lui, comme une semence, prête à germer, quelque chose de possible, une capacité d’aimer, de fraterniser, de tenir debout parmi les hommes. C’est du gratuit, ça n’a rien de logique, mais ça rend possible une vie de couple, de famille, d’équipe, une vie dans telle association ou groupe d’appartenance, ou aussi de faire église, si c’est son choix.

Croyant ou pas, ce meilleur en chacun, cette semence, est donnée avec la vie. C’est un don.

Nous l’avons tous reçu d’autres que nous. Avec la vie !

Ainsi chacun puise là pour construire sa vie avec les autres, pour donner du sens à sa vie, de l’élan, du souffle dans toutes ses relations.

C’est notre aspiration à la vie, à une vie pleine et débordante.

Elle est comme enfouie quand des hommes vivent avec le manque du nécessaire pour vivre.

Elle a besoin d’être réveillée.

Quelqu’un disait du pauvre  :  »Ce lieu est une terre sainte ». Tout être humain est ce lieu habité par Dieu.  Madeleine Delbrêl disait : l’autre est  »une résidence de Dieu ».

Celui-ci n’habite pas dans les églises, ni dans les livres, mais en tout homme, croyant ou pas.

Personne n’a pas été oublié par Dieu.

 »Dieu était là et je ne le savais pas » Gn 28, 16. disait Jacob.

Pour le croyant, le fameuse  »semence » a son origine en Dieu, ce Dieu qui habite tout être humain.

Nous n’avons pas de creux à combler chez les pauvres, mais à prendre appui sur le meilleur d’eux mêmes et qui leur est donné. C’est pourquoi, nous n’agissons pas pour eux mais avec eux. C’est les respecter. C’est honorer Celui qui les habite.

Sinon on en fait des assistés en oubliant le don de Dieu.

La Parole de Dieu s’est faite chair, elle se découvre dans les corps de ceux que l’on aide, ou qu’on visite, qu’on apprend à aimer.

Les pauvres sont notre chemin vers Dieu quand nous agissons au service de ces corps défigurés, diminués, qui portent avec le crucifié-ressuscité l’aspiration à autre chose, à la nouveauté d’une vie meilleure, promise par Jésus qui s’est identifié à eux et qui a dit :  »Venez les bénis de mon Père ». Mt 25, 34 et 40.

 

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