À 99 ans, Jacqueline continue d’aider les autres

Jacque­line n’a jamais oublié ce vendredi de perma­nence à la mairie de Maisons‑­Laf­fitte (78). Une habi­tante vient deman­der de l’aide à celle qui fut adjointe en charge des affaires sociales pendant plus de 20 ans. Après avoir détaillé ses diffi­cul­tés, la dame conclut : « Main­te­nant que je vous ai exposé mon problème, je vois ce que je dois faire. » Ce jour-là, Jacque­line comprend que l’écoute est déjà une manière d’ai­der. Chef­taine scoute, fonda­trice d’une crèche, conseillère en orien­ta­tion profes­sion­nelle, mère de famil­le… Jacque­line résume sa philo­so­phie de vie en quelques mots. « Ce n’est pas compliqué, cela me vient de la parole de Jésus : “Aimez-vous les uns les autres.” (Jean 13, 34). Voir les autres heureux, cela me rend heureuse. C’est un grand bonheur d’ai­der les autres. »

Fille unique, j'ai gagné des frères et des sœurs à la Société de Saint-Vincent-de-Paul !

Une frater­nité au quoti­dien

Écou­ter, accom­pa­gner, servir. Trois mots qui résument bien le parcours de cette béné­vole de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Son mari, Claude, a long­temps présidé la Confé­rence de la ville. « Il avait même eu son portrait dans le bulle­tin ! », se souvient-elle. À son tour, rece­vant la jour­na­liste dans son salon garni de photos de famille, elle raconte ce qu’elle trouve dans cette équipe de Vincen­tiens : « Moi qui étais fille unique, j’ai gagné des frères et des sœurs ! Saint-Vincent-de-Paul, c’est ça : il faut qu’on soit utile sur la terre, alors tout ce qu’on peut faire pour les autres, faisons-le. » Chaque mois, avec les autres béné­voles, elle se réunit pour prier, médi­ter un texte – « En ce moment, Magni­fica huma­ni­tas, de Léon XIV  » – et parta­ger les nouvelles des personnes accom­pa­gnées. « Je ne visite plus qu’une seule dame. Cela fait quarante ans que je la vois. Elle n’est pas très agréable avec les autres, alors c’est moi qui y vais. Elle a bien peu pour vivre.  » La dame en ques­tion a 70 ans. Jacque­line en a… 29 de plus. Dans sa coquette robe fleu­rie, choi­sie spécia­le­ment pour l’oc­ca­sion, elle sourit, amusée de l’éton­ne­ment de son inter­lo­cu­trice. « Non, à mon âge, je n’ai pas envie de me repo­ser ! Tant que j’ai la force, j’y vais. Décou­vrir l’autre, c’est une richesse. Cela peut être compliqué parfois, mais c’est bien de voir aussi autre chose que notre propre situa­tion. »
 

Le bonheur de conti­nuer

Chez Jacque­line, point de nostal­gie. Très vite, la conver­sa­tion revient à demain : le rendez-vous avec une amie, ses trois enfants, le mariage de l’un de ses seize petits-enfants, les dessins des cinq « arrière »… Elle savoure chaque jour­née. « Merci Seigneur pour la jour­née d’aujour­d’hui et si Tu es d’ac­cord pour demain, je suis d’ac­cord aussi ! » Une confiance simple qui lui fait voir dans chaque étape de sa vie « le doux doigt du Seigneur ».

Alors que l’en­tre­tien s’achève, elle propose de rame­ner la jour­na­liste jusqu’à la gare. Cani­cule oblige, la prome­nade s’ar­rête à la grille de sa rési­dence. Elle sourit, lève la main dans un geste de béné­dic­tion et souhaite bon retour. Pour Jacque­line, accom­pa­gner ne s’ar­rête pas au seuil de la porte.


 

Valé­rie-Anne Maitre, rédac­trice en chef

« On est là pour la même chose : aider les autres »

Sophie, prési­dente de la Confé­rence jeune à Niort (79)
 

« J’ai 19 ans et je suis étudiante en BTS écono­mie sociale et fami­liale. Je baigne dans le secteur social depuis mon enfance, grâce à ma famille. Au collège, il y avait une profes­seur qui orga­ni­sait des collectes pour  la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Après le lycée, j’ai été béné­vole ponc­tuel­le­ment dans une autre asso­cia­tion. En 2024, lors d’un forum, j’ai rencon­tré un ami étudiant qui m’a présenté les actions et invi­tée au local.  Depuis, je suis béné­vole dans la maraude.

En mai dernier, je suis deve­nue prési­dente de l’équipe. J’ai­me­rais bien inten­si­fier les moments de rencontres convi­viales et surtout relan­cer la visite à domi­cile.

Dans notre Confé­rence jeune (Pierre-Landry), on est une ving­taine, en majo­rité des étudiants. Nous parta­geons le local avec l’équipe aînée, cela crée des liens. Certains seniors sont présents avec nous lors des maraudes ou de la distri­bu­tion alimen­taire, on s’in­vite entre réunions… Je viens toujours un peu plus tôt pour échan­ger avec eux, on parle des personnes qu’on aide.

Je fais aussi partie des admi­nis­tra­teurs du dépar­te­ment et j’ai parti­cipé à plusieurs rencontres natio­nales à Paris. C’est inté­res­sant de confron­ter ses idées, on n’agit pas sur le même terri­toire ! Ces rencontres permettent aussi de se rendre compte qu’on n’est pas seuls, on est un vrai réseau et on peut comp­ter sur les autres en cas de besoin.

Avant de savoir si on est jeune ou aîné, je crois qu’il faut se rappe­ler qu’on est tous là pour la même chose : cette convic­tion et cette envie d’ai­der les autres. »