L'Epifree de Lyon, la grande cuisine des petites bourses

Chaque mercredi soir, jusqu’à 70 étudiants poussent les portes de l’Epifree, une épicerie solidaire installée dans une église lyonnaise. Ils y trouvent gratuitement de quoi compléter leurs courses, mais aussi un accueil et un lieu où créer du lien. Reportage au cœur d’une distribution. Par Valérie-Anne Maitre, rédactrice en chef.

epifree lyon 1

Le soir tombe, et déjà, un petit groupe de jeunes attend sur les marches de l’église Saint-André, dans le 7e arron­dis­se­ment de Lyon (69). Pour ce premier mercredi de rentrée étudiante, « il y a pas mal de nouvelles têtes. C’est d’ailleurs souvent comme ça, après les vacances scolaires  » constate Char­lotte, la prési­dente de l’équipe jeunes, en charge de l’Epi­free. Créée pendant le Covid, l’épi­ce­rie soli­daire est réser­vée aux étudiants et instal­lée dans l’église, avec l’au­to­ri­sa­tion du curé. 

La recette d’une distri­bu­tion bien rodée

18h30, les portes de l’église s’ouvrent, la file de jeunes pénètre dans le tran­sept éclairé par les vitraux. Chasuble bleue sur le dos, les béné­voles les accueillent avec le sourire. Dans cette équipe bien rodée, chacun a son rôle : l’un pour scan­ner les billets, l’autre devant le petit bar à jus de fruits, un troi­sième pour donner les numé­ros. Ils sont une quin­zaine à se relayer au sein de la Confé­rence jeune Pier Gior­gio Fras­sati. « Asseyez-vous sur les bancs, ici, indique Pierce d’une voix forte. Quand on appelle votre numéro, vous descen­drez avec l’un de nous pour cher­cher votre colis. » Ce soir, ils sont 66 à patien­ter avec des sacs de super­mar­ché, tous inscrits sur une plate­forme en ligne. « On leur demande de justi­fier leur absence, indique-t-il, cela permet de réat­tri­buer la place s’ils ne peuvent pas venir. En géné­ral, on ouvre jusqu’à 70 places dès le dimanche soir. » 

epifree lyon 2
L’ac­cueil de l’Epi­free est installé dans l’église Saint-André, à Lyon 7e.

 

Pour Ryan*, 24 ans, cette distri­bu­tion arrive à point nommé. Tout juste arrivé du Maroc, il est un peu juste finan­ciè­re­ment. « Avec la suppres­sion de certaines allo­ca­tions, c’est diffi­cile d’ache­ter à manger. Un ami m’a donné le lien pour m’ins­crire.  » Même constat chez sa voisine de banc, Sonia*, qui fréquente l’Epi­free depuis deux ans. « Je travaille un peu à côté, mais cela ne suffit pas. Ce colis alimen­taire, c’est un petit plus pour manger… » 

Au menu : figues, nouilles et nonnettes

Sonia s’in­ter­rompt, c’est à son tour de descendre dans la crypte, accom­pa­gnée par Laure. « Tout le monde parle français ? » inter­roge la béné­vole prête à passer à l’an­glais pour les nouveaux arri­vés. « Ce soir, il y a des petits pois et ici des paquets de nouilles chinoises. Ensuite, les légumes frais. » Le contenu proposé dépend de l’ap­pro­vi­sion­ne­ment hebdo­ma­daire auprès de la Banque alimen­taire. « Antoine se rend au dépôt à Décines, tous les mercre­dis matin, précise Char­lotte. Ensuite, on établit un colis type avec des fécu­lents, des légumes, des fruits…  » Dans le stock ce soir égale­ment, des nonnettes au miel. « Il y a toujours beau­coup de goûters ! Les étudiants aiment bien. » rigole Pierce. D’ha­bi­tude, dans l’équipe, c’est Marie-Laure qui se charge de faire la promo­tion des légumes. « Elle leur donne des recettes, elle sait les convaincre qu’il faut manger du chou ! Bon, il nous est arrivé d’avoir quelques légumes éton­nants, c’est pas facile à faire partir… » Marie-Laure est absente ce soir, alors Pierce fait l’ar­ticle. « Vous connais­sez ce fruit ? C’est une figue. Super bon. Pas besoin de le cuisi­ner. » Une main timide s’avance, les autres préfèrent les pêches. 

epifree lyon 3
Ce mercredi, les jeunes peuvent choi­sir plusieurs paquets de nouilles instan­ta­nées.

 

L’in­gré­dient en plus : l’ac­cueil

Les jeunes défilent dans la crypte, les béné­voles ne perdent pas de temps. « Nous n’avons qu’une heure pour ouvrir l’église, instal­ler notre maté­riel, servir et ranger. On prend quand même le temps de discu­ter avec eux quand ils le souhaitent. Certains sont assez réser­vés », souligne Char­lotte. Au bar, Lina, une jeune étudiante en finance, sert des verres de jus de fruits et répond aux ques­tions des étudiants. « Moi, je trouve que l’ac­cueil est impor­tant ici, renché­rit Sonia. On se sent accepté sans juge­ment. » 

Dans un coin, un groupe d’étu­diants luso­phones patiente. «  Ils viennent toujours entre amis, c’est aussi un lieu de socia­li­sa­tion, raconte Pierce. On échange des nouvelles, parfois on se croise aussi dans la rue. Il y a toujours de belles rencontres qui se font ici !  »  Au bar, Lina conti­nue de servir les verres de jus de fruits. L’an dernier, elle venait à l’Epi­free pour rece­voir une aide alimen­taire. Ce soir, pour la première fois, elle porte la chasuble des béné­voles.

*pré­noms modi­fiés

 

epifree lyon 4
Un bar à jus de fruits est proposé aux jeunes pour patien­ter. 

 

 

Devenir bénévole

Nous avons toujours besoin de mains supplémentaires !