Une journée à la librairie d’Hérouville-Saint-Clair
Aux portes de Caen (Calvados), la librairie d’occasion de la Société de Saint-Vincent-de-Paul transforme depuis deux décennies les ouvrages en repas chauds. L’équipe de bénévoles propose environ 18 000 ouvrages à petits prix, les premiers et troisièmes samedis du mois. En 2024, leur action a permis de servir 55 000 repas.
Par Laure-Anne Marxuach, pigiste.
9 h : Il est encore tôt ce samedi matin lorsque Pascal Delanoue tourne la clef dans la serrure du local. Heureusement, une équipe de bénévoles a déjà installé, le jeudi précédent, tous les présentoirs dans l’ancienne église désacralisée. En cette fin février, Pascal n’a plus qu’à activer le chauffage et positionner le tourniquet et le panneau à l’entrée du bâtiment. Sur le parvis, des habitués patientent déjà. « Il y en a souvent trois ou quatre qui attendent l’ouverture », sourit-il.
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10 h : Alors que les premiers visiteurs investissent les allées, les bénévoles arrivent au compte‑gouttes. Françoise Elleaume, la responsable de la librairie, enfile son gilet bleu et file réceptionner les dons de la matinée. « Nous n’avons pas toujours le temps de tout traiter le jour J, alors deux équipes se réunissent en semaine pour trier », explique-t-elle devant les cartons qui s’accumulent dans l’ancienne sacristie.
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11H : Xavier Delbeque, professeur d’histoire à la retraite, s’attelle à l’estimation des prix. Une tâche parfois complexe : « Certains ouvrages ont une réelle valeur marchande dans des secteurs très spécifiques. Il faut vérifier les cotes en ligne pour s’aligner », précise-t-il. Si quelques pièces rares sont parfois vendues sur internet, la grande majorité des titres reste affichée entre un et dix euros en rayon.
13 h : C’est désormais l’heure d’une pause-déjeuner « bien méritée. » Françoise Elleaume s’accorde un moment de répit. Les bénévoles du matin s’attablent avec leur déjeuner tandis que d’autres arrivent pour la relève de l’après-midi. Les deux groupes se mêlent dans une atmosphère chaleureuse. « C’est aussi une joie de retrouver des amis », sourit Françoise Bréhier, tout juste arrivée. Autour de la table, quelques habitués s’invitent pour saluer l’équipe et échanger quelques mots. On y parle lecture, bien sûr, mais pas seulement. « La librairie est aussi un lieu de partage et d’échange », confie la responsable en servant un café à un nouveau venu. « Certains ne viennent pas pour acheter, mais simplement pour trouver une présence », ajoute Xavier.
16 h : L’affluence ne faiblit pas. Entre les rayons d’histoire, de poésie ou même les classeurs de timbres de collection, les visiteurs déambulent dans un ordre impeccable. « Le rangement, c’est notre force par rapport à d’autres librairies d’occasion de l’agglomération », rappelle Françoise Elleaume. Chaque bénévole joue son rôle : Pascal guide les lecteurs, Françoise Elleaume installe des enfants autour d’une table à dessin, tandis que Xavier gère la caisse et enregistre chaque transaction. « C’est une véritable organisation entre l’encaissement, la réception des dons et l’accueil. Il faut être au moins trois en permanence pour que tout tourne », précise la responsable.
17 h : La journée touche à sa fin. L’équipe s’active pour fermer les portes, couper le chauffage et rentrer le matériel. Le local doit être prêt pour la distribution alimentaire qui s’y tiendra quelques jours plus tard. « Ce qui est fou avec notre service, c’est que notre action sert à nourrir directement des gens », conclut Xavier, très fier des 15 000 euros récoltés en 2024. « Quand on ne peut pas ouvrir, je me demande comment vont faire nos usagers… Il faut bien qu’ils mangent », s’inquiète Françoise Delanoue. Pour les bénévoles, le rendez-vous est déjà pris : ils seront fidèles au poste dès la semaine prochaine.