« Au Secours catholique, un bénévole n’est jamais seul. »

Au Secours catholique, la question du bien-être des bénévoles s’inscrit dans une réflexion globale sur l’engagement. À partir d’une large consultation de terrain, l’association a développé des outils pour aider les équipes à mieux repérer les situations d’épuisement et à renforcer la vie collective. Matthieu Fontaine est chargé d’animation bénévolat et engagements solidaires dans l'association.

Propos recueillis par Marianne Aubry-Lecomte

Parlez-nous de cette démarche « prendre soin des béné­voles »

Cette démarche fait partie d’un travail plus global que nous avons appelé la « Prio­rité béné­vo­lat ». Pendant trois ans, nous avons réflé­chi à la manière d’ac­cueillir toutes les formes d’en­ga­ge­ment. Dans ce cadre, la ques­tion du « prendre soin » est appa­rue comme essen­tielle : comment veiller au bien-être du béné­vole tout au long de son parcours, de l’ac­cueil jusqu’au départ ?

Nous avons essayé d’avoir une approche large, prenant en compte à la fois la qualité de la vie d’équipe, les joies et les diffi­cul­tés liées aux missions mais aussi les contraintes person­nelles, la santé, etc. Nous avons aussi iden­ti­fié des risques plus invi­sibles, comme la perte de sens, le senti­ment d’im­puis­sance ou le manque de recon­nais­sance.

 

Y a-t-il eu un déclen­cheur à cette démarche ?

Lorsque le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion a décidé de faire du béné­vo­lat la prio­rité natio­nale, nous avons engagé un travail d’ana­lyse sur le terrain. Sont alors remon­tées clai­re­ment les ques­tions liées à l’épui­se­ment et à la perte de sens. Des béné­voles en première ligne nous disaient parfois avoir l’im­pres­sion de ne pas en faire assez ou que leur action n’avançait pas. Cela nous a amenés à réflé­chir à la manière de les accom­pa­gner davan­tage.
 

Le sujet de l’épui­se­ment béné­vole est-il aujour­d’hui plus présent qu’avant ?

Oui, je pense, car le béné­vo­lat évolue et les attentes aussi. Nos réseaux sont souvent compo­sés de personnes plus âgées, ce qui peut amener une fatigue physique mais aussi morale. La perte de sens ou le senti­ment d’im­puis­sance sont des ques­tions qui reviennent.

C’est quelque chose d’as­sez récent mais qu’on voit émer­ger dans beau­coup d’as­so­cia­tions. On a le senti­ment que chacun avance un peu en paral­lèle sur ces ques­tions et qu’il y a aujour­d’hui un vrai besoin d’échan­ger sur ce que signi­fie concrè­te­ment « prendre soin » des béné­voles et sur la manière de les accom­pa­gner. Je le vois aussi dans les travaux menés au niveau inter-asso­cia­tif, notam­ment avec France Béné­vo­lat.
 

Comment avez-vous procédé pour recueillir ces infor­ma­tions ?

Nous avons orga­nisé des entre­tiens et des rencontres avec des groupes locaux et diffusé des ques­tion­naires. Deux personnes très en lien avec le réseau ont piloté ce travail. L’idée était que les réponses viennent du terrain.

Nous avons aussi connecté plusieurs travaux déjà exis­tants pour construire une vision globale car, en réalité, tous les chan­tiers autour de l’en­ga­ge­ment sont liés. Quand on travaille sur le parcours du béné­vole, on touche forcé­ment au bien-être.
 

Qu’est-ce qui ressort de cette analyse ?

D’abord, que la vie d’équipe est très impor­tante. Au Secours catho­lique, un béné­vole n’est jamais seul. Les temps de relec­ture collec­tive, où l’on partage son action dans un cadre bien­veillant, jouent déjà un rôle de soutien.

Mais nous avons aussi vu que certaines équipes avaient besoin d’ou­tils pour prendre du recul et iden­ti­fier ce qui pouvait être amélioré.
 

Quels outils avez-vous mis en place ?

Nous avons créé des grilles d’auto-évalua­tion desti­nées aux équipes locales. Elles posent des ques­tions simples : l’or­ga­ni­sa­tion est-elle au service du projet et des personnes ? Les locaux sont-ils adap­tés ? Y a-t-il des forma­tions ou des temps collec­tifs ? etc.

L’objec­tif n’est pas d’im­po­ser des solu­tions, mais d’ai­der les équipes à se situer et à choi­sir leurs prio­ri­tés. Par exemple, certaines peuvent déci­der de remettre en place un temps de partage ou un moment convi­vial qui avait disparu.
 

D’autres outils sont-ils en prépa­ra­tion ?

Oui, et c’est une déci­sion récente, prise au niveau natio­nal : à partir de septembre, une ligne d’écoute psycho­lo­gique sera ouverte, acces­sible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour l’en­semble des béné­voles.

Nous avons constaté que certaines situa­tions rele­vaient d’un accom­pa­gne­ment psycho­lo­gique, ce qui n’est pas notre métier. Cette ligne vient donc complé­ter ce que nous pouvons déjà propo­ser au sein des équipes.
 

Quelle est la fina­lité de cette démarche ?

L’objec­tif est que les béné­voles se sentent bien dans leur enga­ge­ment et puissent durer. Une asso­cia­tion qui prend soin de ses béné­voles attire aussi d’autres personnes, notam­ment par le bouche-à-oreille.

Nous sommes encore au début du proces­sus, mais les outils commencent à circu­ler dans le réseau, et certaines délé­ga­tions ont déjà orga­nisé des jour­nées de réflexion autour du « prendre soin ». L’idée est d’ap­por­ter des réponses concrètes, au plus près du terrain.

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