« L’amitié peut relever les personnes blessées par l’expérience de la rue »

Dans les appartements de l’APA (Association pour l’amitié), vivent des personnes qui étaient sans domicile fixe, et des personnes qui ne l’étaient pas. Témoignage de Diane de Falvelly, responsable de Pôle dans l’association. Propos recueillis par Sophie Le Pivain, pigiste.

Quelle inci­dence la vie à la rue a-t-elle sur la soli­tude ?

Les personnes qui vivent à la rue ont des histoires très diffé­rentes. Certaines ne diront pas elles-mêmes qu’elles souffrent de soli­tude dans la mesure où elles ont pris la déci­sion de couper les liens avec la société parce qu’elles n’en pouvaient plus de la pres­sion sociale. 30 % des personnes à la rue souffrent de patho­lo­gies psychiques ou d’ad­dic­tions, qui expliquent en partie leur rupture. D’autres encore ont connu l’exil, ce qui les rend très isolées. Dans la rue, on peut créer des liens, grâce à toutes les maraudes et les tables ouvertes qui existent. Mais c’est aussi une expé­rience de rejet, de mise au ban de la société.

Comment l’APA répond-elle à la soli­tude ?

Martin et Étienne sont à l’ori­gine de l’APA. Marqués par l’ex­trême préca­rité sociale que connaissent les personnes de la rue, ils ont eu l’in­tui­tion qu’elles avaient besoin de plus qu’un toit : de l’ami­tié. C’est ainsi qu’elles pour­ront reprendre conscience de leur dignité. À l’APA, on fête les anni­ver­saires, on s’en­gage à prendre au moins un repas par semaine tous ensemble, et chacun parti­cipe aux tâches domes­tiques. C’est grâce à cette confiance mutuelle que les personnes se relèvent peu à peu.

Quels sont les défis d’une telle vie en commu­nauté ?

La soli­tude est une ques­tion exis­ten­tielle. Chaque être humain peut être enfermé à l’in­té­rieur de lui-même. Pour se rencon­trer, il faut accep­ter de s’ou­vrir à l’autre, avec ses fragi­li­tés. Comme le dit très bien ce passage de Terre des Hommes, où Saint-Exupéry raconte la rencontre de six hommes vulné­rables au fond du désert : « Nous nous étions enfin rencon­trés. On chemine long­temps côte à côte, enfermé dans son propre silence, ou bien l’on échange des mots qui ne trans­portent rien. Mais voici l’heure du danger. Alors on s’épaule l’un à l’autre. On découvre que l’on appar­tient à la même commu­nauté.

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