Frères en humanité, frères dans le Christ

Dans un monde traversé par les divisions et les violences, la fraternité reste ce fil discret mais essentiel qui relie les hommes entre eux. Des paroles du Christ aux appels des papes, ce texte nous invite à faire vivre une fraternité concrète, humble et profondément humaine.

Qu’est-ce que la frater­nité

Que dit le diction­naire pour défi­nir la frater­nité ? Voici sa réponse : « lien de parenté entre frères et sœurs. Lien de soli­da­rité et d’ami­tié entre les hommes, entre les membres d’une société. »

Ainsi, depuis son origine, la Société de Saint-Vincent-de-Paul est une orga­ni­sa­tion mise en route par un groupe de jeunes catho­liques, avec un homme plus âgé, qui se voulaient frater­nel­le­ment unis pour vivre le service des pauvres.

Des hommes sur une planète

Dès la préhis­toire, des êtres humains se sont décou­verts semblables et diffé­rents. Les siècles ont passé, ces hommes sont deve­nus de plus en plus nombreux et ils ont décou­vert que leur vie person­nelle dépen­dait des autres, leurs semblables, d’où le lien de soli­da­rité néces­saire et abso­lu­ment vital. Hélas ! notre monde est rempli du bruit des armes. Des conflits sont présents. Certains hommes poli­tiques s’ima­ginent qu’ils sont les maîtres du monde et cepen­dant l’ur­gence demeure d’une action soli­daire en ce tour­nant déci­sif de l’his­toire de l’hu­ma­nité. Comme l’écri­vait le pape Paul VI en 1967, le devoir de soli­da­rité des personnes est aussi celui des peuples, sinon l’hu­ma­nité risque de s’auto-détruire. Il serait bon de relire et médi­ter l’en­cy­clique Popu­lo­rum Progres­sio sur le déve­lop­pe­ment des peuples de Paul VI du 26 mars 1967 !

Le rôle des chré­thiens

L’écri­vain Jean Suli­van1 a écrit au sujet de l’Église : « L’Église ne donne pas une image ache­vée du Royaume. C’est dans la mesure où elle lutte contre ses propres sclé­roses qu’elle est une lumière pour le monde, infi­ni­ment plus que par ses indus­tries apos­to­liques. Des frères qui rencontrent en vérité d’autres frères, voilà l’Église. Le reste n’est qu’un grand appa­reil néces­saire. » (Itiné­raire spiri­tuel, Galli­mard 1976).

Dans l’hu­ma­nité, existe ce désir fonda­men­tal de frater­nité. C’est depuis long­temps l’as­pi­ra­tion des hommes et des peuples. Cette frater­nité inscrite sur nos bâti­ments publics. Alors, hommes parmi les hommes, les chré­tiens sont invi­tés à être plei­ne­ment des messa­gers de la frater­nité. Depuis plus de 2 000 ans, comment vivons-nous le grand message du Christ « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jean 13,34). Notre mission demeure d’être levain dans la pâte humaine, un levain qui fait gran­dir la frater­nité.

Le devoir de solidarité des personnes est aussi celui des peuples

Des commu­nau­tés de foi et d’amour

La règle de notre Société de Saint-Vincent-de-Paul nous invite à être des commu­nau­tés de foi et d’amour. Et la parole du pape François est profon­dé­ment juste quand, parlant des Vincen­tiens qui se réunissent en frères, il nous dit : « Sans la frater­nité que Jésus-Christ nous a offerte, nos efforts pour un monde plus juste s’es­soufflent, et même les meilleurs projets risquent de deve­nir des struc­tures sans âme.2 »

C’est en étant frater­nels entre nous que nous conti­nue­rons à faire gran­dir le projet d’Oza­nam, le fameux réseau de charité qui entoure le monde entier : « Il suffit d’un fil pour commen­cer une toile.3 » Si chacun de nous, au sein de nos équipes, tisse un fil frater­nel, alors notre toile s’éten­dra. C’est notre frater­nité, seule, qui nous permet­tra de dire, de témoi­gner à tous les hommes que Dieu les aime.

L’exmple de deux amis : François et Vincent

Entre François de Sales (1567–1622) et Monsieur Vincent il y a eu commu­nion mystique parce qu’il y a eu une authen­tique frater­nité. Le père André Dodin, laza­riste, a écrit que François de Sales a épan­ché son cœur en celui de Vincent de Paul en qui survi­vra son esprit. Vincent a été marqué par la vie et la spiri­tua­lité de François. Une belle commu­nion que Vincent, après la mort de François, vivra et grâce à laquelle il propa­gera les ensei­gne­ments de son ami.

L’ami­tié deve­nue frater­nelle a été un bien précieux pour Frédé­ric Ozanam : « Je n’ai jamais pu me passer de mes amis et leur souve­nir m’est infi­ni­ment précieux.4 »

En écho, nous pouvons faire nôtre la parole du Christ : « Soyez un comme le Père et moi sommes un. » (Jean 17,22)

Vivre la frater­nité entre nous est et sera évan­gé­li­sa­tion.

 

Jean-Claude Petey­tas, diacre vincen­tien

 

1. Jean Suli­van, pseu­do­nyme de Joseph Lemar­chand,
prêtre catho­lique et essayiste breton (1913–1980).

2. Message Urbi et Orbi, pape François, Noël 2018

3. Frédé­ric Ozanam, Œuvres complètes, 3e éd., t. 10, lettre XXIII.

4. Frédé­ric Ozanam, Lettres, corres­pon­dance person­nelle.

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