Le père d’Alzon et la Société de Saint-Vincent-de-Paul
Contemporain de Frédéric Ozanam, le père d’Alzon partage avec les premiers bénévoles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul une même conviction : la foi doit se vivre au service des plus pauvres. Éducateur, fondateur des Augustins de l’Assomption (A.A.) et homme de presse, il soutient très tôt les Conférences de charité et encourage leur développement dans les collèges. Par Christian Dubié, président du Conseil départemental du Cher
Il n’existe que peu de lettres échangées entre Frédéric Ozanam et le père Emmanuel d’Alzon. Pourtant, l’un comme l’autre sont des précurseurs du catholicisme social, contemporains d’un monde en pleine mutation.
Né au Vigan dans les Cévennes, Emmanuel d’Alzon (1810–1880) suit des études primaires avec un précepteur à Lavagnac (Hérault) avant de rejoindre les collèges Saint-Louis et Stanislas, à Paris où sa famille réside une partie de l’année, son père étant député. Étudiant en droit, il fréquente la Société des bonnes études et les conférences d’histoire d’Emmanuel Bailly1, avec lequel il restera très lié.
Hésitant sur sa vocation, Emmanuel d’Alzon rejoint finalement le séminaire de Montpellier et Rome. Il y est ordonné prêtre le 26 décembre 1834. De retour à Nîmes, il sera toute sa vie vicaire général, ayant fait le vœu de refuser les honneurs ecclésiaux. En 1839, il fonde les religieuses de l’Assomption, à Paris, puis, dans la nuit de Noël 1845, la congrégation des Augustins de l’Assomption (A.A.), congrégation autorisée par l’évêque de Nîmes en 1850. Il crée les Oblates de l’Assomption en 1865.
La presse
Le père d’Alzon va jouer un rôle dans le domaine de la presse catholique en fondant ou participant à plusieurs publications. Dès 1829, il finance la création de l’hebdomadaire Le Correspondant, d’esprit libéral. En 1848, il participe financièrement à la création de L’Ère Nouvelle du père Lacordaire, de l’abbé Maret et de Frédéric Ozanam. Ce journal catholique libéral et républicain sera d’ailleurs la tribune d’Ozanam durant un an. Lecteur assidu de la presse catholique, le père d’Alzon collabore aussi à L’Univers, journal ultramontain de Louis Veuillot, interdit par le gouvernement impérial, remplacé brièvement par Le Monde (arrêté en 1896), avant d’être à nouveau autorisé. En 1873, paraît Le Pèlerin puis, en 1880, La Croix, revue catholique mensuelle, devenue un quotidien en 18832. Enfin, mentionnons la Revue de l’Enseignement Chrétien fondée en 1851.
L’enseignement
C’est dans ce domaine que le père d’Alzon va marquer son époque. L’enseignement public est majoritairement hostile à la religion. À l’instar du père de Lammenais, de Charles de Montalembert et du père Lacordaire, Emmanuel d’Alzon est partisan de la liberté de l’enseignement secondaire. Mais il n’attend pas la loi (1850) pour s’investir dans le cadre de son ministère, à Nîmes, au collège de l’Assomption3 et sera membre du Conseil Supérieur de l’Instruction Publique. « (…) Passionnément attaché avec les catholiques de son siècle à la question scolaire telle qu’elle se pose à cette époque, le père d’Alzon discerne très tôt, par conviction, par expérience, les enjeux humains, ecclésiaux et spirituels de la liberté de l’enseignement : formation des esprits et de l’opinion, formation de chrétiens éclairés, vivier vocationnel. »4
La Société de Saint-Vincent-de-Paul
Comme vicaire général, il soutient dès le départ les débuts de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. « À Nîmes, d’Alzon m’a dit qu’il ferait tout pour soutenir la conférence de charité »5. Mais, plus encore, il intègre les Conférences dans son projet éducatif en en créant dans les collèges. Il considère, en effet, que leurs actions participent à la formation humaine et religieuse des élèves (les fêtes se terminaient par des quêtes reversées à la Société de Saint-Vincent-de-Paul 6.)
Le père d’Alzon défend la Société de Saint-Vincent-de-Paul lorsqu’elle est attaquée par le ministre de l’Intérieur Persigny en 1861. Cette présence de l’esprit de charité perdure dans certains établissements qu’il a suscités, y compris à l’étranger, comme en Bulgarie ou en Turquie.
1. Deux de ses fils, Emmanuel et Vincent de Paul Bailly seront assomptionnistes.
2. La « Maison de la bonne presse », ancêtre du Groupe Bayard, est aussi créée avec Vincent de Paul Bailly. Aujourd’hui, les Augustins de l’Assomption sont propriétaires du groupe de presse Bayard (La Croix, Pèlerin, Prions en Église…).
3. En 1833, il obtient le droit d’ouvrir des écoles privées libres
4. Anthologie alzonienne T 1 P. JP Perier-Muzet Rome 2003
5. Lettre de du Lac à Ozanam (28 février 1837) cité par G. Cholvy
6. Vie du P. d’Alzon T2 R.P. Siméon VAILHÉ
EN SAVOIR +
« Emmanuel d’Alzon avait choisi de se mettre au service de l’homme et des grandes causes de Dieu. Son ambition audacieuse le poussa à dépenser toute son énergie à la construction du Royaume de Dieu dans de multiples directions : l’éducation de la jeunesse, les missions, les moyens de communication sociale, les pèlerinages, le service des plus pauvres… »
Extrait de Emmanuel d’Alzon, fondateur des Augustins de l’Assomption et des Oblates de l’Assomption, « Vienne ton Règne », 2020.