Une vocation missionnaire : Frédéric et Amélie Ozanam
À seize ans, Frédéric Ozanam va concevoir une vocation au service de la foi catholique. Cette vocation va s’affirmer dans le mariage, après sa rencontre avec Amélie, qui la partagera et continuera à la faire vivre après sa mort.
Encore élève en classe de philosophie avec l’abbé Noirot, Frédéric Ozanam fait une promesse à Dieu, celle « de vouer [ses] jours au service de la vérité qui [lui] donnait la paix ». Cette promesse guidera sa vie dans un apostolat laïc tout à fait contemporain1, qui, à partir de 1841, va devenir un apostolat de couple.
Cet apostolat commence par la défense de la foi catholique dans un contexte qui lui est hostile : abandon très tôt de la foi et de la pratique par les jeunes gens2 et promotion de doctrines athées. Ainsi, Frédéric Ozanam va intervenir dans un cours de dessin en 1830–31. « Ozanam fut admirablement inspiré ce jour-là ; il parla avec feu, et il sut en imposer aux blasphémateurs, qui courbèrent la tête sans répondre… »3 Au même moment, il rédige des « réflexions sur la doctrine de Saint-Simon » pour la combattre, brochure qu’il va diffuser largement.
1831 est aussi l’année où Frédéric arrive à Paris pour faire des études de droit et de lettres. Il va se lier d’amitié avec des étudiants catholiques avec lesquels il ne manquera pas de s’opposer aux professeurs qui s’attaquent à la religion4. Dix ans plus tard, il sera aussi un professeur engagé.
Agir en accord avec la foi
Puis ce fut la confrontation avec les étudiants athées lors des conférences d’Histoire. Là, les catholiques sont attaqués sur un autre terrain, celui de la preuve de leur foi par des actes. C’est un tournant dans l’apostolat d’Ozanam : « Eh bien, à l’œuvre ! et que nos actes soient d’accord avec notre foi… »5 Lui qui défendait le catholicisme par la plume et le verbe est plongé dans l’action. Après la découverte de la misère lors de la première révolte des ouvriers de la soie (Lyon novembre-décembre 1831) et lors de l’épidémie de choléra (1832), il la voit à sa porte avec ses compagnons et va alors s’appuyer sur sa foi pour y chercher remède. La « Conférence de Charité », future Société de Saint-Vincent-de-Paul, va lui permettre, à l’imitation du saint, de traiter, à la fois, la pauvreté matérielle et la pauvreté de l’âme.6
Frédéric Ozanam va connaître une grande variété de pauvretés, ce qui va l’amener, dans le contexte d’une industrialisation naissante, à se poser la question « des autres pauvres qui ne mendient point »7, c’est-à-dire les ouvriers. Dans une lettre à Louis Janmot du 13 novembre 1836, il relie la spiritualité vincentienne à la question sociale, qui occupera la deuxième partie de sa vie, l’amenant à faire des propositions concrètes et très en avance sur son époque.
L’appui d’Amélie Ozanam
La rencontre avec Amélie à la fin de 1840 et la période de leurs fiançailles vont lui révéler sa vocation de laïc : « Alors, le mystère longtemps interrogé de ma vocation s’éclaircit » (1er mai 1841).
« Amélie va toujours être à ses côtés… disponible et attentive… Pendant les douze ans qu’ils vivent ensemble, elle est à son service comme associée à sa vocation dont elle comprend l’enjeu… »8 Amélie va participer pleinement à son œuvre. À travers les épreuves, ils vont se fortifier mutuellement dans la foi. Dès les fiançailles, elle a compris l’importance, pour lui, de la Société de Saint-Vincent-de-Paul : « … et vous saurez un jour combien je dois à cette Société qui fut l’appui et le charme des plus périlleuses années de ma jeunesse… » (1er mai 1841). Elle l’appuiera dans ses combats pour la justice sociale en 1848 et jusqu’à la fin de sa vie.
Frédéric et Amélie vont vivre la maladie ensemble, les souffrances de Frédéric ne feront qu’empirer dans les deux dernières années de sa vie. Là encore, ils vont vivre une forme d’apostolat. On peut citer des passages du discours à la conférence de Florence de janvier 1853 : « Oh ! Combien de fois moi-même accablé d’une peine intérieure, inquiet de ma santé mal raffermie, je suis entré plein de tristesse dans la demeure du pauvre confié à mes soins… » et, naturellement, La Prière de Pise (23 avril 1853), qui est un témoignage de foi face à la maladie.
Amélie poursuivra la mission après la mort de Frédéric en diffusant ses œuvres.
Christian Dubié, président du Conseil départemental du Cher
1. Vatican II – Décret Apostolicam Actuositatem sur l’apostolat des laïcs
2. Sur une classe de collège, seul un élève sur vingt se disait catholique (Charles de Montalembert 1810–1870)
3. Léonce Curnier « La jeunesse de Frédéric Ozanam »
4. Lettres à E. Falconnet du 18 décembre 1831 et du 25 mars 1832
5. Discours de Florence 1853
6. « De l’assistance qui humilie et de celle qui honore » l’Ère Nouvelle 1848
7. « Aux gens de bien » – L’Ère nouvelle 1848
8. Raphaëlle Chevalier-Montariol. « Amélie et Frédéric Ozanam à la lumière de Vatican II »
EN SAVOIR +
« En allant à Paris, ils auraient à faire face à la gêne, mais un large champ d’action s’ouvrirait devant lui et nulle part ils ne pourraient mieux accomplir ensemble la noble mission, objet de ses plus beaux rêves… Avait-elle assez de confiance en elle-même et en lui pour accepter ce début difficile ? Amélie plaça sa main dans celle de Frédéric et répondit : « j’ai confiance en vous ». Frédéric Ozanam, sa vie ses œuvres, Kathleen O’Meara, 1892.