« Il faut prendre en compte la logique d’engagement de chacun »

Référent national Vie associative à France Bénévolat, Hubert Pénicaud participe à l’analyse des études et enquêtes réalisées régulièrement par ce collectif d’associations. Témoin des évolutions dans le monde du bénévolat, il apporte ses conseils pour y faire face.

Les profils des béné­voles ont-ils changé ?

Depuis 15 ans, avec une accé­lé­ra­tion au moment de la crise du Covid-19, nous consta­tons une chute du taux d’en­ga­ge­ment chez les seniors (38 % des béné­voles en 2010 contre 24 % en 2025). Ils doivent davan­tage consa­crer de temps à leurs parents vieillis­sants et leurs petits-enfants. À l’in­verse, le taux des moins de 35 ans augmente : il est passé de 16 % à 23 % sur la même période. Cette évolu­tion a boule­versé le fonc­tion­ne­ment des asso­cia­tions, car les réali­tés d’en­ga­ge­ment de ces béné­voles ne sont pas les mêmes. Les seniors ont davan­tage de temps, sont très enra­ci­nés loca­le­ment, peuvent inscrire leur enga­ge­ment dans la durée, prendre des respon­sa­bi­li­tés (gouver­nance, anima­tion des équipes, conduite de projets…). Mais, comme cette caté­go­rie a dimi­nué, cela impacte parfois la struc­tu­ra­tion voire la péren­nité des asso­cia­tions.

L’autre chal­lenge pour les asso­cia­tions : c’est l’ar­ri­vée des jeunes. Ils ont moins de temps, ont une vie plus mobile, il faut réus­sir à les accueillir en leur donnant l’oc­ca­sion de s’im­pliquer, mais cela demande beau­coup d’éner­gie pour conser­ver le lien et s’adap­ter à leurs dispo­ni­bi­li­tés. En contre­par­tie, ils apportent une éner­gie très puis­sante, de la créa­ti­vité et des compé­tences nouvelles.
 

Comment le béné­vo­lat se trans­forme-t-il ces dernières années ?

Les formes se diver­si­fient. De plus en plus de personnes préfèrent s’en­ga­ger sur des durées courtes, des missions ponc­tuelles, en parti­ci­pant à l’or­ga­ni­sa­tion d’un événe­ment ou bien en appor­tant une compé­tence sur un projet défini, comme refaire le site inter­net par exemple.

D’autres modes d’en­ga­ge­ment que le béné­vo­lat se sont déve­lop­pés aussi, comme le service civique ou encore plus récem­ment le mécé­nat de compé­tences. C’est un dispo­si­tif qui permet à des sala­riés en fin de carrière de consa­crer une ou plusieurs années à plein temps dans une asso­cia­tion, tout en restant payé par son entre­prise.
 

Comment les asso­cia­tions s’adaptent à cette plura­lité ?

Pendant long­temps, le corps de béné­voles était assez homo­gène. Avec cette diver­si­fi­ca­tion, les habi­tudes des asso­cia­tions sont bous­cu­lées car elles doivent prendre en compte ces moda­li­tés diffé­rentes d’un profil de béné­vole à un autre. Le collec­tif devient plus varié, avec des personnes qui peuvent avoir des moti­va­tions diffé­rentes.

Pour s’adap­ter à ces chan­ge­ments, il est néces­saire d’al­ler vers des rela­tions de plus en plus person­na­li­sées. Il faut prendre en compte la logique d’en­ga­ge­ment de chacun, ses envies, sa dispo­ni­bi­li­té… Tout en évitant de tomber dans quelque chose de trop indi­vi­duel, puisque la richesse du monde asso­cia­tif, c’est l’en­ga­ge­ment collec­tif. Ce qui fera venir la personne, c’est l’ac­cueil, l’at­ten­tion qu’on porte à son propre parcours ; ce qui la fera rester, c’est la qualité du collec­tif, la créa­tion d’es­paces stimu­lants où l’on prend plai­sir à se retrou­ver et parta­ger quelque chose qui nous est commun.
 

Qu’est-ce qui motive les béné­voles à s’en­ga­ger ?

Ce qui prédo­mine, ce sont les raisons altruistes, l’idée d’être utile. C’est aussi désor­mais une manière d’ex­pri­mer sa citoyen­neté, de construire sa place dans la cité, une fonc­tion qui pouvait être aupa­ra­vant remplie davan­tage par les partis, les syndi­cats, ou encore les reli­gions. Du côté des jeunes, cette envie est renfor­cée par les évolu­tions de la société et l’éco-anxiété, qui leur donnent l’en­vie d’agir pour l’ave­nir. Le béné­vo­lat aide aussi à s’ins­crire dans un paysage, son quar­tier.
 

Comment réus­sir à atti­rer et fidé­li­ser ces béné­voles ?

Pour beau­coup d’as­so­cia­tions, il s’agit d’abord de veiller au regard que l’on porte sur les béné­voles : il ne faut pas les réduire à des ressources que l’on veut recru­ter, avec des proces­sus parfois lourds. Il s’agit d’ac­cueillir, de faire de l’ani­ma­tion et non de la gestion des béné­voles. On peut ainsi travailler les moteurs de l’en­ga­ge­ment, à France Béné­vo­lat on parle du ‘PLUS’ du béné­vo­lat : Plai­sir-Lien-Utilité-Sens. Il faut s’as­su­rer de créer des temps d’échanges de qualité, pour rendre le collec­tif fédé­ra­teur et mobi­li­sa­teur. Ainsi, après une maraude, il est néces­saire d’avoir un temps de reprise pour décom­pen­ser, amélio­rer ses pratiques, mais aussi essayer de comprendre ensemble le sens que cette action apporte.
 

En quoi le béné­vo­lat reste impor­tant dans notre société ?

Le béné­vo­lat permet à notre société de nour­rir et de déve­lop­per une des facettes de la démo­cra­tie : on permet au citoyen de contri­buer au bien commun. Beau­coup de choses dans notre société reposent sur les asso­cia­tions, comme par exemple l’ac­com­pa­gne­ment des personnes handi­ca­pées, l’éga­lité femmes-hommes… Enfin, il ne faut pas oublier que le béné­vo­lat nous permet de créer des espaces de frater­nité, où il y a aussi de la joie, du plai­sir.

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