Bénévolat : les nouveaux visages de l'engagement

Le monde du bénévolat a évolué, que cela soit par ses modalités, les profils de personnes engagées ou bien leurs motivations. Les associations essaient de prendre en compte ces changements pour mieux accueillir les nouvelles générations.

 

Par Delphine Dauvergne, pigiste

Préparation de colis par l’équipe de Colombes (92).

« Je voulais aider les autres  », confie Coren­tin Blan­chy, 18 ans, béné­vole dans l’équipe locale de béné­voles (Confé­rence) de Stras­bourg Neudorf (67). Cet étudiant a rejoint depuis un an la Société de Saint-Vincent-de-Paul, dont le nombre de jeunes adhé­rents a augmenté de 24 % entre 2024 et 2026*. Si les 16–35 ans restent mino­ri­taires au sein de l’as­so­cia­tion, ils n’en restent pas moins une popu­la­tion à cibler. La tendance géné­ra­tion­nelle s’est en effet inver­sée depuis quinze ans. Selon l’INJEP (L’ins­ti­tut natio­nal de la jeunesse et de l’édu­ca­tion popu­laire), en 2025, 28 % des 15–30 ans décla­raient donner du temps à une asso­cia­tion au moins une fois par mois, contre 19 % chez les plus de 31 ans.
 

Une soif de concret

« Je suis devenu béné­vole pour aller sur le terrain, pas pour récol­ter des dons ou faire de l’ad­mi­nis­tra­tif », admet Coren­tin Blan­chy, qui a parti­cipé cette année à un Café Sourire. Constant Lamy, 20 ans, président de l’équipe jeune (Confé­rence) à Angers (49), a opté pour les maraudes, une action plébis­ci­tée par 40 % des jeunes de l’as­so­cia­tion*. « Cela nous attire car c’est quelque chose de très concret et qui a du sens », témoigne-t-il.

Les maraudes sont l’ac­tion phare de l’as­so­cia­tion Aux Captifs, la libé­ra­tion. « Des binômes sont formés pour faire une maraude une fois par semaine dans le même quar­tier. C’est un chal­lenge enga­geant, mais qui attire car il est déli­mité en temps (deux heures) et permet aux actifs de pouvoir s’or­ga­ni­ser », souligne Mickaël Fernandes, direc­teur du Pôle déve­lop­pe­ment.

À Clermont-Ferrand (63), une équipe intergénérationnelle organise un goûter mensuel avec des personnes seules.

Si les actifs ont peu de temps libre, c’est aussi le cas des étudiants, qui pratiquent le multi-béné­vo­lat. Selon l’INJEP, 42 % des jeunes décla­rant une acti­vité béné­vole s’in­ves­tissent dans plus d’un domaine. Et c’est aussi le cas de plus de la moitié des jeunes béné­voles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, inter­ro­gés par Marie Deschee­mae­kere, dans une étude pour la Commis­sion en charge du réseau Jeunes (CRJ) : « Ils sont aussi enga­gés dans leur paroisse, à la JOC… ». Même constat chez Les Captifs : «  Il y a un frac­tion­ne­ment de l’en­ga­ge­ment, les jeunes vont donner de l’éner­gie à diffé­rentes asso­cia­tions, rejoindre une chorale, un groupe de priè­re… », observe la char­gée de projets Alix Hautreux.

Un enga­ge­ment trop fixe peut sembler contrai­gnant pour certains jeunes. « L’un d’eux me disait que cela avait été beau­coup plus facile pour lui de venir aux maraudes en sachant qu’on n’exi­geait pas qu’il vienne toutes les semaines. Cette liberté d’en­ga­ge­ment l’a conduit à s’im­pliquer plei­ne­ment », rapporte Audrey Four­di­nier, prési­dente de l’équipe jeunes de Sainte-Marie des Bati­gnolles, à Paris.

Face à ce besoin de souplesse, le béné­vo­lat infor­mel conti­nue de se déve­lop­per. «  Il a toujours existé, davan­tage chez les femmes que chez les hommes. Elles s’oc­cupent des fêtes de quar­tier, orga­nisent des repas, aident les personnes âgées… On retrouve aussi cette tendance chez les jeunes, qui n’ont pas envie de prendre des respon­sa­bi­li­tés, mais de donner un coup de main ponc­tuel  », explique la socio­logue Dan Ferrand-Bech­mann.

Cette préfé­rence pour l’en­ga­ge­ment ponc­tuel s’ex­plique aussi par le mode de vie plus chan­geant des jeunes, qui démé­nagent régu­liè­re­ment pour leurs études, leurs stages ou leurs premiers emplois. « Notre tempo­ra­lité est diffé­rente. Dans notre vie, tout va à 150 à l’heure. Alors, quand on doit attendre plusieurs mois pour assis­ter à la première réunion, c’est plus compliqué d’in­té­grer l’ac­ti­vité asso­cia­tive dans notre rythme étudiant  », regrette Coren­tin Blan­chy.

À Montpellier (34), des jeunes de l’aumônerie d’un lycée participent aux maraudes avec les bénévoles.

Travailler son attrac­ti­vité

Selon l’étu­de* de Marie Deschee­mae­kere, 45 % des jeunes inter­ro­gés ont connu la Société de Saint-Vincent-de-Paul grâce à leur paroisse, qui repré­sente un fort vecteur de recru­te­ment pour les asso­cia­tions chré­tiennes. « Les nouveaux bapti­sés sont très deman­deurs de pouvoir faire gran­dir leur foi, qu’elle soit agis­sante », affirme Audrey Four­di­nier, qui oriente les jeunes qu’elle accom­pagne dans sa paroisse vers sa Confé­rence. « Il faudrait davan­tage déve­lop­per les actions de témoi­gnages des béné­voles  », conseille-t-elle. Paroisses, aumô­ne­ries, scou­tisme, univer­si­tés, forums… les parte­naires et les occa­sions peuvent être multiples.

Ne pas négli­ger égale­ment la vitrine que repré­sentent le site inter­net et les réseaux sociaux, en commu­niquant sur son inclu­si­vité en termes d’âge, mais aussi en diver­sité de profils. « Aux Captifs, nous sommes ouverts à des béné­voles qui ne partagent pas les mêmes posi­tion­ne­ments poli­tiques ou spiri­tuels. Cette diver­sité est une richesse qui nous permet de nous complé­ter lors des maraudes », ajoute Mickaël Fernandes.

Pour atti­rer davan­tage de jeunes, certaines asso­cia­tions proposent des groupes dédiés, comme c’est le cas à la Société de Saint-Vincent-de-Paul. « Ils sont plus à l’aise et plus moteurs dans les Confé­rences jeunes, où ils prennent plus faci­le­ment la parole », rapporte Marie Deschee­mae­kere.


 

Soigner l’ac­com­pa­gne­ment

L’ac­cueil des nouvelles recrues doit être préparé. «  J’au­rais aimé me faire guider à mon arri­vée, qu’on me suggère des actions et qu’on me dise comment m’y prendre, pour pouvoir en propo­ser de nouvelles  », recon­naît Coren­tin Blan­chy. La forma­tion est aussi un axe impor­tant d’in­té­gra­tion, car elle permet de trans­mettre les valeurs et les postures. Pour une inclu­sion enga­geante, Audrey Four­di­nier préco­nise de « les appe­ler pour leur dire qu’on a pensé à eux pour une mission, leur confier des respon­sa­bi­li­tés, même petites ».

Les diffé­rences de fonc­tion­ne­ment entre les géné­ra­tions peuvent être un frein dans l’im­pli­ca­tion des jeunes. Ceux-ci commu­niquent souvent entre eux via un groupe What­sApp, alors que les plus âgés sont moins enclins à utili­ser de nouveaux outils. « Amélio­rer la commu­ni­ca­tion interne, propo­ser des horaires de réunion qui conviennent à tous, ou encore se montrer flexible sur l’or­ga­ni­sa­tion, sont autant d’axes d’amé­lio­ra­tion dont les asso­cia­tions doivent se saisir », recom­mande Marie Deschee­mae­kere.

Constant Lamy conseille quant à lui « d’évi­ter la mono­to­nie en variant les acti­vi­tés lors des réunions, propo­ser des repas, des soirées jeux ou théma­tiques… ». Aux Captifs, des temps de cohé­sion sont orga­ni­sés deux fois par an et valo­risent les enga­ge­ments. Pour Audrey Four­di­nier, «  les béné­voles restent dans une asso­cia­tion pour la qualité de l’ac­cueil et des rela­tions entre béné­voles ».


 

* Étude pour la Commis­sion en charge du réseau Jeunes (CRJ) de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, 2026.

Jeunes retraités, Hubert et Nicolas ont choisi de devenir bénévoles à la Société de Saint-Vincent-de-Paul.

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