« Les inégalités continuent de se creuser »

Chercheuse en histoire contemporaine au CNRS, Axelle Brodiez-Dolino s’est spécialisée sur les sujets liés à la pauvreté, la précarité, les politiques publiques, ainsi que les associations de solidarité.

Chercheuse en histoire contemporaine au CNRS

Axelle Brodiez-Dolino

La pauvreté augmente-t-elle ?

Les inéga­li­tés conti­nuent de se creu­ser. Le taux de pauvreté mesuré par l’IN­SEE a augmenté : 15,4 % en 2023. Un chiffre qui ne prend en compte que les ménages en loge­ment ordi­naire, donc pas les personnes en centres d’hé­ber­ge­ment, en prison, sans‑a­bri… Les acti­vi­tés des asso­cia­tions de soli­da­rité sont aussi un indi­ca­teur : les Restos du cœur distri­buent 170 millions de repas contre 8,5 millions en 1985.

 

Quels sont les profils de ces personnes accom­pa­gnées ?

Les profils ont évolué depuis les années 2000. La crise de 2008 a provoqué une remon­tée du chômage, puis à partir de 2015 il a baissé mais aux dépens de la stabi­lité de l’em­ploi : CDD de plus en plus courts, inté­rim, micro-entre­pre­neurs… La Covid-19 et l’in­fla­tion ont aussi accen­tué cette préca­ri­sa­tion de la société.

Les personnes pauvres aujour­d’hui sont prin­ci­pa­le­ment selon l’IN­SEE : les inac­tifs (étudiants, personnes éloi­gnées de l’em­ploi, personnes handi­ca­pées) qui repré­sentent 37 % ; les chômeurs (36 %) ; les familles mono­pa­ren­tales (35 %), les personnes immi­grées (32 %).

Le public migrant a aussi consi­dé­ra­ble­ment augmenté, c’est aujour­d’hui plus de la moitié du public aidé au Secours catho­lique, ce qui fait gros­sir égale­ment les chiffres de situa­tions de pauvreté extrême, du fait du non-accès à des droits sociaux.

Depuis les années 2000, il y a égale­ment un durcis­se­ment du regard social porté sur les personnes en diffi­culté. Il y a davan­tage de stig­ma­ti­sa­tion, d’exi­gence de contre­par­ties et de contrôles.
 

Comment le monde asso­cia­tif se mobi­lise-t-il ?

Les asso­cia­tions essaient de davan­tage présen­ter un front uni, portent des actions communes sur le terrain de l’opi­nion publique, mais aussi pour pouvoir contri­buer aux avan­cées des poli­tiques publiques. Elles mènent des expé­ri­men­ta­tions qui sont parfois reprises natio­na­le­ment comme les Terri­toires zéro chômeur de longue durée. Cette capa­cité à inno­ver et essai­mer est l’un de leurs plus grands atouts.

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