Carême : un appel à grandir dans la miséricorde
Dans la marche vers Pâques, Jean-Claude Peteytas, diacre, propose une méditation pour repenser ce temps de recueillement tout en portant un visage de bonté vers les autres.
Que le Carême brise la solitude
Voici le retour du temps liturgique du Carême, période de préparation à la fête de Pâques. Créé pour se conformer au jeûne – et à la solitude – du Christ sur le mont de la Quarantaine après son baptême par Jean-Baptiste. Un modèle pour nous, un temps fort où l’on fait le point de sa vie et de sa vocation vincentienne (liée à la spiritualité de saint Vincent de Paul).
[Découvrir comment vivre le Carême avec la Société de Saint-Vincent-de-Paul]
Période de recueillement
Le Carême est tout simplement la vie quotidienne habituelle, mais qui est comme teintée par un recueillement, un peu plus en retrait des activités secondaires qui se déroulent au cours de l’année et avec une certaine solitude. C’est l’occasion d’approfondir cette parole du Christ : « L’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
En ces temps où notre société est marquée par une certaine anémie spirituelle, il est essentiel de se poser la question de ce que je fais de ma vie. Vivre le Carême est d’une certaine façon nous demander, comme disait saint Vincent de Paul, « si nous ne voyions pas plus loin que le bout de notre nez ».
Misécordieux comme le Père
Ces jours et semaines de Carême peuvent être un moment favorable où nous sommes appelés à grandir dans la miséricorde. Ce qui doit être la grande qualité des membres de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Il s’agit de porter un visage de tendre bonté, ce qui est plus que jamais essentiel dans un monde où trop d’informatique risque de déshumaniser fortement notre vie et notre planète.
Le 23 février 1835, Frédéric Ozanam écrivait à Léonce Curnier : « … la terre s’est refroidie, c’est à nous, catholiques, de ranimer la chaleur vitale qui s’éteint… »
Ainsi, en 2026, nous savons combien de personnes vivent dans une grande solitude, « un million de morts sociaux » comme nous le disent les Petits Frères des Pauvres. Alors, n’est-ce pas à nous, avec d’autres militants caritatifs, à porter cette chaleur vitale à tout être humain vivant en marge de la société ?
Nos fondements : charité et spiritualité
Le thème du dossier d’Ozanam Magazine porte sur la solitude. Et, si le Carême nous demande de vivre dans une certaine solitude (retrait pour se remplir de la Parole de Dieu), il nous est demandé en même temps de renouveler notre attitude de « briseur de la solitude » autour de nous.
La solitude est certainement un fléau de notre époque. On a du mal à dire bonjour à ses voisins, et dans la rue, absorbés par le portable, on ne sait même plus voir celui que l’on croise. Diverses solitudes mais toujours la même déshumanisation pour celui ou celle solitaire. Solitude de l’enfant, du malade, de l’immigré, du vieillard, de la personne handicapée, de celle en situation de précarité… Il y a la solitude qui vous tombe dessus avec l’âge : celle de la maison de retraite, mais déjà du seuil de la retraite professionnelle qui nous fait quitter le champ de l’activité.
L’observatoire national de l’action sociale y voit « le reflet de l’individualisme de notre société, l’isolement grandissant des cellules familiales et un « détricotage » des liens sociaux ».
Il ne suffit pas de constater ! Il nous faut revenir à nos fondamentaux : la visite à domicile. Pas toujours facile mais à désirer vivre le plus possible.
Jean-Claude Peteytas, diacre vincentien