Les jeunes réinventent-ils le bénévolat ?
Les jeunes ne s'engagent plus comme leurs aînés. Faut-il s'en inquiéter ? À la lumière de l'Évangile et de l'expérience vincentienne, Jean-Claude Peteytas invite à regarder autrement les nouvelles formes de bénévolat.
LE BÉNÉVOLAT ET LES JEUNES
Le bénévolat demeure important pour la vie de notre société. Le dictionnaire indique : bénévole, celui qui fait quelque chose sans obligation et gratuitement. Et notre dossier (lire p. 12 et suivantes) nous invite à réfléchir sur les nouvelles formes de bénévolat, en particulier chez les jeunes. Nous, Vincentiens, nous sommes concernés par le bénévolat avec la parole de Jésus-Christ : « Vous avez reçu gratuitement ; donnez gratuitement. » (Mt 10, 7–15)
NOTRE SOCIÉTÉ A BESOINDE BÉNÉVOLES
Le premier article de la Règle internationale souligne que celle-ci est une famille de laïcs, hommes et femmes bénévoles, ayant décidé de suivre Jésus-Christ qui est le fondement, la lumière et le sens profond de leur vie humaine. C’est le trésor qu’ils désirent faire découvrir autour d’eux gratuitement. La gratuité évite le prosélytisme, et il s’agit uniquement de révéler la tendresse de Dieu et la proximité de son règne.
« LA CHARITÉ EST TOUJOURS JEUNE »
La Société de Saint-Vincent-de-Paul a été quelque peu considérée comme une association de vieux. Cette image a pu lui être collée à la peau. Nous savons, cependant, que la première équipe fut un groupe de jeunes étudiants autour d’un ancien, Emmanuel Bailly. Ceux-ci, comme depuis toujours à leur suite, ont pris un engagement donnant sens à leur vie en réponse à leur baptême. Nous le savons, la société comme l’Église des siècles passés, donc en des temps différents, ont fait grandir des saints.
À travers les images d’une époque, et avec leurs fragilités, ils ont eu cette volonté de partager la Bonne Nouvelle : aller dire aux pauvres (en retroussant leurs manches), et aux petites gens en particulier, que Dieu les aime. Aujourd’hui – même si les médias n’en parlent guère ! – de nombreux jeunes vivent le bénévolat.
ÊTRE BÉNÉVOLE AUJOURD’HUI
C’est vrai, les anciens prenaient un engagement pour des années, « à vie ». Nous constatons, surtout depuis la crise du Covid, que les bénévoles sont moins nombreux. Beaucoup de lieux et d’associations ont été ouverts puis fermés, comme si l’engagement était plus ou moins sérieux. Mais attention à l’arbre qui cache la forêt.
Beaucoup de jeunes vivent des moments et des temps de bénévolat, mais de façon différente des anciens. Les jeunes sont capables de se dévouer à fond pour une cause concrète, mais pour un moment, un temps ponctuel.
Cela peut faire penser à la parabole du Bon Samaritain racontée par Jésus (Luc 10). En se levant, le Samaritain ne savait pas qu’il allait rendre service. Il allait vivre concrètement le bénévolat d’un moment. Et, cependant, il s’est engagé. Il a vécu la charité au service du blessé puis est revenu le voir : acte bénévole. Il me semble que bien des jeunes vivent cela, particulièrement en rendant des visites à d’autres jeunes ou des anciens.
Que voyons-nous aujourd’hui ? Beaucoup de jeunes catéchumènes. Mais quel suivi à ce baptême ? Je connais une Conférence qui vient d’accueillir une jeune baptisée de 25 ans qui chemine dans la spiritualité vincentienne. Il me semble que nous devons faire la proposition à nos catéchumènes en les accueillant et leur donnant ainsi la possibilité de vivre leur baptême en prenant toute leur place parmi nous.
Pour saint Vincent de Paul, l’événement est lieu d’inspiration et d’action. Dieu nous parle par sa Parole et par les événements. Aujourd’hui, Dieu nous invite à accueillir cette recherche spirituelle qui se traduit par la venue des catéchumènes. En les accueillant avec leur ponctualité, nous poursuivrons le réseau de la charité, et celle-ci reste toujours jeune. Oui, le rythme de la vie quotidienne a changé, mais Monsieur Vincent nous dit que « Dieu est Amour » et veut que l’on n’aille que par Amour.
Jean-Claude Peteytas, diacre vincentien