Mireille et Laura : « À Rome comme à Mulhouse, on n'a fait aucune différence entre nous »

« Je suis béné­vole parce qu’il faut qu’on s’en­traide »

Ce matin de décembre, Mireille et Laura sont assises côte à côte dans la petite salle du pres­by­tère de l’église Don Bosco à Mulhouse (Haut-Rhin). Quelques semaines plus tôt, elles vivaient ensemble un tout autre décor : Rome, où elles ont parti­cipé au Jubilé des Pauvres en novembre 2025, orga­nisé par Fratello. Côte à côte dans l’avion, dans le bus, et même à la basi­lique Saint-Pierre lors de la messe célé­brée par le pape Léon XIV. Aujour­d’hui, elles prennent le temps de revivre ces quelques jours hors du commun.

« C’était incroyable, raconte Laura. C’est un rêve qui s’est réalisé ! » La Mulhou­sienne de 37 ans vient habi­tuel­le­ment cher­cher un colis alimen­taire le vendredi auprès de l’équipe locale de béné­voles (Confé­rence) Don Bosco. C’était la première fois qu’elle parta­geait aussi long­temps la vie d’une équipe de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. «  Ça m’a donné envie de deve­nir béné­vole, pour aider les enfants dans les hôpi­taux ou visi­ter des personnes en EHPAD. »

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Pour Mireille, le béné­vo­lat est une longue histoire. Depuis vingt ans, cette grand-mère de 61 ans parti­cipe à la distri­bu­tion des colis alimen­taires dans le petit local atte­nant à l’église. Économe de mots et dotée d’un solide sens pratique, elle balaie la ques­tion d’un haus­se­ment d’épaules : « Je suis béné­vole parce qu’il faut qu’on s’en­traide, c’est tout !  »

 

Tendre la main à son prochain

À Rome, Mireille a aidé Laura à faire sa valise. « Elle m’a montré comment plier les habits, je n’avais jamais pris l’avion », sourit la jeune femme. Et, ce matin encore, Mireille conti­nue de lui donner un coup de main : Laura est en recherche d’em­ploi. « Dépose ton CV dans les grands maga­sins main­te­nant, lui conseille-t-elle en touillant son café. Ils cherchent du monde pour les inven­taires après les fêtes.  »

Tendre la main à son prochain, même quand sa propre situa­tion n’est pas facile, est natu­rel pour Mireille. Lors du Jubilé des Pauvres à Rome, elle a poussé le fauteuil roulant de Laura, veillé à ce que les membres du groupe ne se perdent pas et pensé à rappor­ter un souve­nir pour un ami resté à Mulhouse. En retour, Helena, Jean-Marc, Geof­frey ou Mary­line, les autres membres de son équipe, ont pris soin d’elle.

« En réalité, on n’a fait aucune diffé­rence entre nous, souligne Geof­frey, tréso­rier de l’équipe locale de béné­voles et chargé de pilo­ter le groupe à Rome. On arri­vait tous dans un nouvel endroit : on était à égalité, obli­gés de s’en­trai­der.  » C’est l’es­prit de Fratello : rassem­bler béné­voles et personnes accom­pa­gnées, chacun avec ses fragi­li­tés.

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L’en­tre­tien se termine. Mireille pense déjà à la prochaine distri­bu­tion « Il faut dire aux gens de venir avec le papier de l’as­sis­tance sociale !  » Laura, elle, rejoint le centre-ville pour travailler quelques heures sur le marché de Noël. « Au fait, Mireille, tu sais que tu es invi­tée chez la voisine pour le réveillon ?  » À Rome comme à Mulhouse, la frater­nité se vit dans les gestes les plus simples.
 

Par Valé­rie-Anne Maitre, rédac­trice en chef

 

Laura et Mireille, solidaires pour se déplacer dans les rues de Rome.

Le Jubilé des Pauvres

Du 13 au 16 novembre 2025, plus de 1 500 pèle­rins ont parti­cipé à Rome au Jubilé des Pauvres, orga­nisé par Fratello. La Société de Saint-Vincent-de-Paul était repré­sen­tée par près de 70 personnes venues notam­ment de Toulon, Nancy, Paris, Fort-de-France, Siste­ron et Mulhouse, inté­grées à leurs diocèses respec­tifs. Béné­voles et personnes accom­pa­gnées ont partagé des temps forts spiri­tuels et festifs : messes, passage de la Porte sainte et banquet frater­nel dans les jardins du Vati­can, béni par le pape Léon XIV.


Repor­tages à Rome