Dilexi Te : 10 clés de lecture - Partie 10

La Société de Saint-Vincent-de-Paul lance une série d’articles pour revisiter l’exhortation Dilexi Te du pape Léon XIV. Dans cette partie, Bruno, salarié de l'équipe de la Société de Saint-Vincent-de-Paul commente le cinquième chapitre (paragraphe 103) un défi permanent.

La Société de Saint-Vincent-de-Paul lance une série d’ar­ticles pour revi­si­ter l’ex­hor­ta­tion Dilexi Te du pape Léon XIV. Dans cette partie, Bruno, sala­rié de l’équipe de la Société de Saint-Vincent-de-Paul commente le cinquième chapitre (para­graphe 103) un défi perma­nent.

 

Se mettre avec joie au service des pauvres

Il est écrit dans le para­graphe 103 : « (…) c’est pourquoi, nous devons sentir l’ur­gence d’in­vi­ter chacun à entrer dans ce fleuve de lumière et de vie qui jaillit de la recon­nais­sance du Christ dans le visage du néces­si­teux et des souf­frants. »
On ne peut pas ne pas voir un lien avec l’ar­ticle 1.8 de la Règle du Conseil Géné­ral Inter­na­tio­nal (CGI) de la Société de Saint-Vincent-de-Paul : « les Vincen­tiens [béné­voles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul] se mettent avec joie au service des pauvres, en leur prêtant une oreille atten­tive, en respec­tant leurs souhaits, ainsi qu’en les aidant à prendre conscience de leur propre dignité et à la recou­vrer car nous sommes tous faits à l’image de Dieu. Ils rendent visite au Christ souf­frant en la personne du pauvre. »

 

Une atten­tion préfé­ren­tielle pour les pauvres

Ainsi dans la personne qui est accueillie ou accom­pa­gnée au sein de ma Confé­rence (équipe locale de béné­voles), de mon accueil de jour, n’est pas unique­ment une personne qui traverse une passe diffi­cile et à laquelle je vais appor­ter un service, une aide alimen­taire ou finan­cière, mais c’est bien le Christ qui est accueilli. Qui imagi­ne­rait croi­sant le Christ, ne pas profi­ter de cette rencontre ? Ainsi, l’autre n’est pas unique­ment un consom­ma­teur, il est, au-delà de ses besoins tempo­raires, fort d’une dignité, aimable et en capa­cité d’ai­mer.


Plus loin dans l’ex­hor­ta­tion, toujours dans ce chapitre 103, nous lisons : «  l’Église ressent comme sa « chair » propre la vie des pauvres, lesquels sont une partie privi­lé­giée du peuple en marche. C’est pourquoi, l’amour des pauvres (…) est la garan­tie évan­gé­lique d’une Église fidèle au cœur de Dieu. En effet tout renou­veau ecclé­sial a toujours parmi ses prio­ri­tés cette atten­tion préfé­ren­tielle envers les pauvres, une atten­tion qui se distingue, aussi bien dans ses moti­va­tions que dans son style, de l’ac­ti­vité de n’im­porte quelle autre orga­ni­sa­tion humaine.  » Ce passage nous fait rappe­ler le cri du pape François : l’Église n’est pas une ONG (Orga­ni­sa­tion Non Gouver­ne­men­tale).


La Société de Saint-Vincent-de-Paul est-elle une ONG ou vit elle plei­ne­ment la charité comme un acte d’amour des pauvres ? Dans le pur ensei­gne­ment de l’Église  la ques­tion pour­rait être posée diffé­rem­ment : pouvons-nous dans la Société de Saint-Vincent-de-Paul aider sans aimer ? Il me semble que nous trou­vons la réponse dans les propos de Frédé­ric Ozanam donnant la confé­rence de Florence, le 30 janvier 1853 :
« Notre but prin­ci­pal ne fut pas de venir en aide au pauvre ; ce ne fut là pour nous qu’un moyen. Notre but fut de nous main­te­nir fermes dans la foi catho­lique et de la propa­ger chez les autres par le moyen de la charité. (…) ô mes amis, mes confrères ! Conser­vez et propa­gez cet esprit de frater­nité chré­tienne qui est la base de la Société de Saint-Vincent-de-Paul; pour­sui­vez avec persé­vé­rance le noble but qu’elle se propose, de vous garder fermes dans la foi et d’ame­ner les autres à la parta­ger avec vous. Ne croyez point, d’ailleurs, que regar­der la charité comme un moyen de conser­ver la foi, ce soit amoin­drir cette sublime vertu. Elle gran­dira au contraire en nous; nous appren­drons, en visi­tant le pauvre, que nous y gagnons plus que lui, puisque la spec­tacle de sa pauvreté servira à nous rendre meilleur.  »

 

La spéci­fi­cité de la Société de Saint-Vincent-de-Paul 

C’est la conscience que nous avons que les personnes que l’on sert sont aimables et aimantes. Qu’elles sont enfants de Dieu, donc profon­dé­ment aimées de Dieu. En les servant, nous servons des enfants aimés de Dieu. À travers ce chapitre, l’ex­hor­ta­tion du pape nous rappelle cette voca­tion. « (…) je peux réagir à partir de la foi et de la charité et recon­naître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créa­ture infi­ni­ment aimée du Père, une image de Dieu, un frère racheté par Jésus Christ.  » Il est inté­res­sant de lire dans cet extrait que c’est à partir de la foi et de la charité. Cette affir­ma­tion confirme les exigences de la Règle inter­na­tio­nale sur les racines chré­tiennes de notre mouve­ment. 


Les cita­tions du pape saint Grégoire le grand résonnent sur la posture du Vincen­tien (béné­vole de l’as­so­cia­tion). Le savoir être : « Quand vous voyez des pauvres accom­plir des actes répré­hen­sibles, ne les mépri­sez pas et ne déses­pé­rez pas, car peut-être le feu de la pauvreté puri­fie-t-il en eux les traces lais­sées par une légère malice. Il n’est pas rare que le bien-être nous rende aveugles, au point de penser que notre bonheur ne peut se réali­ser que si nous parve­nons à nous passer des autres. En cela, les pauvres peuvent être pour nous comme des maîtres silen­cieux, rame­nant notre orgueil et notre arro­gance à une juste humi­lité. »


Cette cita­tion peut nous renvoyer  à l’ar­ticle 2.2 de la Règle : « Chemi­nons ensemble vers la sanc­ti­fi­ca­tion : (…) les Vincen­tiens sont conscients de leurs propres faiblesses et de leur vulné­ra­bi­lité, comme de la néces­sité de la grâce de Dieu. Ils recherchent Sa gloire et non la leur.  » Absence de juge­ment, servir sans vouloir faire à la place de l’autre, juste être présent et capable de discer­ner avec les confrères de la Confé­rence la déci­sion qui permet­tra à la personne de retrou­ver sa dignité. On retrouve cette pensée dans cet écrit de Vincent de Paul à Louise de Marillac « Et prenez garde de n’en pas faire trop. C’est une ruse du diable, dont il trompe les bonnes âmes, que de les inci­ter à faire plus qu’elles ne peuvent, afin qu’elles ne puissent rien faire. »

 

Se lais­ser évan­gé­li­ser par les pauvres

Au para­graphe 109 de l’ex­hor­ta­tion, nous ne pouvons que nous retrou­ver dans ces deux phrases qui signi­fient à elles seules l’ADN de la Société de Saint-Vincent-de-Paul : « c’est une expé­rience surpre­nante attes­tée par la tradi­tion chré­tienne et qui devient un véri­table tour­nant dans notre vie person­nelle, quand nous nous rendons compte que ce sont préci­sé­ment les pauvres qui nous évan­gé­lisent (…) dans le silence de leur condi­tion, ceux-ci nous confrontent à notre faiblesse. La personne âgée, par exemple, de par la fragi­lité de son corps, nous rappelle notre vulné­ra­bi­lité, même si nous essayons de la cacher derrière le bien être ou les appa­rences. »


Un Vincen­tien pratiquant les visites ne dirait pas mieux. On peut se réfé­rer à l’ar­ticle 1.12 de la Règle inter­na­tio­nale. « Les Vincen­tiens ne sauraient oublier les multiples grâces qu’ils reçoivent de ceux à qui ils rendent visite. Ils recon­naissent que le fruit de leur travail n’est pas dû à leur seule personne, mais leur vient spécia­le­ment de Dieu et des pauvres qu’ils servent. »

 

Accom­pa­gner, écou­ter et aimer l’autre

On s’in­ter­roge souvent, dans le réseau, sur le sens de nos actions. Le para­graphe 113 de l’ex­hor­ta­tion nous aide précieu­se­ment dans le discer­ne­ment de la réponse : « toute commu­nauté d’Église, dans la mesure où elle prétend rester tranquille sans se préoc­cu­per de manière créa­tive et sans coopé­rer avec effi­ca­cité pour que les pauvres vivent avec dignité (…)court le risque de se désa­gré­ger, même si elle s’oc­cupe de thèmes sociaux ou de critiques aux gouver­ne­ments.  » En d’autres termes, notre premier devoir est d’ac­com­pa­gner, pas de reven­diquer. La voca­tion de la Société de Saint-Vincent-de-Paul est d’ac­com­pa­gner le pauvre, comme le bon sama­ri­tain, qui ne va pas cher­cher à connaitre la cause mais qui va soigner pour permettre, grâce au soutien de l’au­ber­giste, à l’homme blessé de retrou­ver sa dignité. 


Autre phrase forte de l’ex­hor­ta­tion, au para­graphe 114, qui peut accom­pa­gner les temps de relec­ture en Confé­rence : « en vérité, la pire discri­mi­na­tion dont souffrent les pauvres est le manque d’at­ten­tion spiri­tuelle. L’op­tion préfé­ren­tielle pour les pauvres doit se traduire prin­ci­pa­le­ment par une atten­tion reli­gieuse préfé­ren­tielle et prio­ri­taire. » En choi­sis­sant telle ou telle acti­vité dans la Confé­rence pour accom­pa­gner les pauvres, n’al­lons-nous pas unique­ment nous concen­trer sur la réponse à une demande maté­rielle ? Comment dès lors dans cette acti­vité prêter une véri­table atten­tion spiri­tuelle qui pourra permettre au pauvre de retrou­ver son huma­nité.  


Fina­le­ment la conclu­sion de cette belle exhor­ta­tion nous ramène à notre fonda­teur : la charité n’est qu’un moyen pour gran­dir : « on y (dans les socié­tés philan­thro­piques) voit répandre l’ar­gent mais on n’y sent pas battre le cœur. Cette charité, qui mêle ses larmes aux larmes des malheu­reux qu’elle ne peut conso­ler autre­ment, qui caresse et recueille l’en­fant nu aban­donné, qui porte conseils de l’ami­tié à la jeunesse timide, qui s’as­sied avec bien­veillance au chevet du malade, qui écoute sans donner signe d’en­nui, les longs et lamen­tables récits de l’in­for­tu­ne… cette charité, ô mes amis ne peut être inspi­rée que par Dieu. »
 
 

Pour aller plus loin…

Relire la partie 9

Voici deux ques­­tions qui pour­­ront guider votre lecture :        
1. En lisant ce commen­­taire d’un extrait de Dilexi Te, est-ce que je recon­­nais un lien avec ma mission à la Société de Saint-Vincent-de-Paul ?        
2. Ce passage me pousse-t-il à aller encore plus loin dans l’amour et le service des plus pauvres ? Comment ? 

Pour réagir et commen­ter, rendez-vous sur le réseau Ozanam (connexion au réseau néces­saire, réservé aux béné­voles).

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