Dans la rue, à Notre-Dame et au Stade... la joie de rencontrer le pape Léon XIV

Le pape Léon XIV est arrivé à Paris ce vendredi 25 septembre 2026. Sur son passage, de l’Ely­sée jusqu’au Stade de France, les béné­voles ont parti­cipé à la ferveur ambiante et la joie de la rencontre avec le souve­rain pontife.  Par Valé­rie-Anne Maitre, rédac­trice en chef.

Dans les rues…

«  À quelle heure passe la voiture ? » Ce vendredi 25 septembre 2026, c’est l’ef­fer­ves­cence dans les bureaux du Conseil natio­nal de France de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. En route vers l’Ély­sée après son arri­vée à Orly, la voiture du pape Léon XIV passera juste devant l’im­meuble. Alors l’équipe de sala­riés se prépare à descendre sur le trot­toir pour agiter drapeaux et bannières aux couleurs de l’as­so­cia­tion. Quelques minutes après 11 h, la berline noire, ornée d’un drapeau du Vati­can, remonte l’ave­nue à vive allure. Les passants, un peu éber­lués, ont le temps d’aper­ce­voir la mozette rouge de Léon XIV derrière la vitre. 

Le voyage du pape en France et à l’Unesco durera jusqu’à lundi, en passant par Paris, Lourdes (65) et Metz (57). Et sur son trajet, le pape aper­ce­vra sûre­ment, au milieu des centaines de milliers de personnes, des béné­voles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. 

« J’ai vu passer le pape, c’était un peu rapide !  », se réjouit Benja­min. Le jeune tren­te­naire est régu­liè­re­ment accueilli au Café Sourire d’Or­léans (45). Il est venu spécia­le­ment à Paris avec Cathe­rine, une des béné­voles de la ville. « Je suis impa­tient de lire les discours du pape pour m’ins­pi­rer et j’es­père que cela inspi­rera les gens autour de moi. », ajoute Benja­min.

Le discours du pape, juste­ment, à l’Ély­sée, le premier d’une longue série. Prononcé en français devant le président de la Répu­blique et le corps diplo­ma­tique, il mentionne un saint français parti­cu­liè­re­ment lié à l’as­so­cia­tion. « Pensons aux œuvres de saint Vincent de Paul, au renou­veau cari­ta­tif du XVIIe siècle, et aujour­d’hui encore aux nombreuses insti­tu­tions catho­liques où des soignants accom­pagnent nos frères et sœurs fragi­li­sés par la souf­france. Leurs témoi­gnages d’at­ten­tion et de service consti­tuent une véri­table école d’hu­ma­nité sur la gran­deur du soin et un rappel vibrant de la valeur unique et irrem­plaçable de chaque être humain. »

Saint Vincent (1581–1660), confes­seur de la reine Margue­rite, est encore présent sous les ors répu­bli­cains par le truche­ment d’un ouvrage ancien, cadeau diplo­ma­tique de l’Ely­sée. Le pape a reçu, en effet, l’édi­tion ancienne d’une des premières biogra­phies du prêtre, fonda­teur des Laza­ristes (Congré­ga­tion de la Mission).

En atten­dant le pape…

Loin des salons feutrés de la prési­dence, c’est déjà l’ef­fer­ves­cence dans les rues de Paris. Bien avant même la déam­bu­la­tion papale, en milieu d’après-midi, la circu­la­tion dans certaines rues est fermée, tout comme des stations de métro. Mais déjà, la foule converge sur les lieux de visite du pape. Après la Répu­blique, le pape va s’adres­ser au monde, en se rendant au siège de l’Unesco. Au cours de cette longue halte, le pape prononce un second discours et rappelle à l’as­sem­blée inter­na­tio­nale que la pauvreté touche tout le monde. « Nous sommes pauvres de nais­sance, nous avons besoin de pain et de paroles, d’at­ten­tion et d’af­fec­tion ». Il souligne aussi ces « nouvelles formes d’iso­le­ment, de pauvreté maté­rielle et spiri­tuelle, et d’aban­don  ». Des propos qui résonnent forcé­ment dans le cœur des béné­voles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. « Le pape nous appelle à faire gaffe » relève Dieu­donné, la petite tren­taine. Jeune béné­vole dans une équipe de Dijon (21), il a lu « dans les grandes lignes » l’en­cy­clique du pape Magni­fica huma­ni­tas. « Oui, le pape nous appelle à faire gaffe avec l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle. Nous qui sommes sur les réseaux, il faut prendre conscience de ce qu’on fait. »


L’après-midi avance et tandis que le pape achève son discours à l’Unesco, une rencontre impro­vi­sée entre béné­voles d’Or­léans et de Paris s’or­ga­nise sur le boule­vard Saint-Michel. Cathe­rine, Benja­min, Dina et Natan rejoignent la Pari­sienne Anne, qui s’est aussi portée volon­taire pour orien­ter les pèle­rins d’un jour. « Je suis heureuse de vivre ça avec des béné­voles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul et d’autres béné­voles ! » confie celle qui garde son télé­phone à portée de main pour ne pas manquer le passage du pape. 

Les heures passent. Derrière les barrières aux logos de la visite ponti­fi­cale, la foule entonne des tubes de pop louange sous l’œil amusé des forces de l’ordre. Un groupe de Péru­viens s’en­traine à donner de la voix pour signa­ler leur présence lors du passage de leur très hono­rable compa­triote. Martin, 7 ans, s’en­nuie un petit peu. Venu avec sa famille, il finit, à la demande de sa maman, par s’adres­ser à sa voisine qui arbore une casquette aux couleurs de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. On prend le temps de racon­ter, les 17 000 béné­voles, les 800 équipes, le lien noué avec les plus pauvres, l’at­ten­tion portée aux plus fragi­les… Martin écoute sage­ment avant d’ex­pliquer ce qu’il a retenu à sa maman. Au même moment, à l’Unesco, le pape Léon rappelle que la famille est « le premier cadre éduca­tif ».

Le pape arrive !

Soudain, un bruis­se­ment. « Le pape arrive ! Il arrive ! » Les rangs se resserrent, les télé­phones se tendent. Et sur les toits des immeubles, des hommes en noir, jumelles et armes à la main se rendent visibles. Car c’est bien la papa­mo­bile qui remonte le boule­vard en direc­tion de Notre-Dame, dernière étape de la déam­bu­la­tion. Les drapeaux jaunes et blancs s’agitent à l’ap­proche du convoi. Le pape appa­raît, souriant, le debout dans la papa­mo­bile pour bénir la foule et parti­cu­liè­re­ment les bébés qu’on tend vers l’homme en blanc. « C’est le pape ! C’est le pape ! » À peine le temps d’une photo et le voilà déjà parti. Il a raison, Benja­min, le passage est rapide, mais tous sont heureux d’avoir partagé ce moment. En atten­dant que la police rouvre les rues, c’est le moment de parta­ger ses impres­sions et de compa­rer ses clichés. Pour Natan, 17 ans, venu du Loiret avec sa mère, béné­vole dans une équipe locale : « C’est grave impres­sion­nant de voir le pape dans la vraie vie. La papa­mo­bile, c’est autre chose qu’à la télé ! » À ses côtés, Dina complète :  « Ce qui est impres­sion­nant, c’est de parta­ger cette ferveur avec la commu­nauté catho­lique. » 

À Notre-Dame

Soudain, les cloches sonnent à nouveau. 17h, l’heure des vêpres, à la cathé­drale Notre-Dame avec des reli­gieux, reli­gieuses ainsi que des diacres et leurs familles. Sur le parvis de l’église mère, Vincent, diacre d’une équipe de la Société de Saint-Vincent-de-Paul à Lille, tend son télé­phone pour immor­ta­li­ser le moment. Il se confie après la céré­mo­nie : « Nous avons vécu un beau moment de commu­nion autour du Christ. Le silence, les chants et la prière avec le pape ont ouvert en moi une réflexion : que peut nous dire le pape ? Ses paroles nous rappellent que notre foi doit nous conduire à la rencontre. La prière nous rend dispo­nibles pour rejoindre nos frères. Et la rencontre prend le visage de la personne visi­tée, accueillie, accom­pa­gnée. Saint Vincent nous a appris à recon­naître le Christ dans le pauvre. Le pape nous encou­rage à renou­ve­ler ce regard sur les pauvre­tés. » 

Pendant que Vincent médite encore ce beau temps de spiri­tua­lité parta­gée, d’autres prient pour trou­ver une place dans l’un des RER qui trace vers le nord de Paris. C’est le moment de rejoindre le Stade de France pour la veillée avec les jeunes. Pour l’oc­ca­sion, la Commis­sion en charge du réseau jeunes de la Société de Saint-Vincent-de-Paul a rassem­blé une quaran­taine de ses membres, venus de toute la France. 

Au Stade de France

 «  Bonne surprise les amis ! On est super bien placés sur la pelouse !  » signale l’un des jeunes dans la boucle What­sApp. Peu à peu, les gradins se remplissent, plus de 80 000 jeunes sont atten­dus pour cette soirée qui se veut festive et priante. « Pour que le monde ait la vie, allé­luia, allé­luia ! » entament Nata­sha Saint-Pierre et Grégory Turpin. La foule reprend en chœur. Suivront Les Guet­teurs, Monroe, les Fran­gi­nes… Les jeunes, venus d’ho­ri­zons divers entonnent avec ferveur les tubes de pop louange, de rap ou de reggae. 

Dieu­donné, 35 ans dans quelques semaines, savoure le moment. Le jeune béné­vole dans une équipe de Dijon (21) a déjà parti­cipé à des Jour­nées mondiales de la jeunesse et il aime retrou­ver d’autres confrères. « En tant que chré­tien, ce sont des moments qui nous unissent. Cela renforce notre foi et notre espé­rance. Je ne devais pas rater ça, venir voir le pape à Paris ! »

Les séquences s’en­chainent, entre clips, musique et quelques olas impro­vi­sées dans les gradins. « Soyez les spor­tifs du Christ » lance l’évêque Mgr Etienne Guillet, évêque du diocèse de Saint-Denis dans son mot d’ac­cueil. Sur la pelouse, les jeunes de la Société de Saint-Vincent-de-Paul applau­dissent. Vêtus du même tee-shirt jaune vif, ils dansent et chantent de bon cœur avant de faire silence pour écou­ter les jeunes, une reli­gieuse ou des spor­tifs qui montent sur scène. « Pour moi, c’est impor­tant d’en­tendre ces témoi­gnages, raconte encore Dieu­donné. Cela nous donne de la force en tant que croyant ! » 

Ils sont dans la joie et la prière

Le soir tombe sur le stade. Sous la lune et dans l’air encore esti­val, les parti­ci­pants s’ap­prêtent à accueillir le pape. «  Est-ce que vous êtes prêts ? Battons des mains pour célé­brer Dieu  » propose Benja­min Pouzin. Le groupe Glorious enflamme le stade qui vibre sous l’ef­fet des enceintes et des applau­dis­se­ments des jeunes. L’ef­fer­ves­cence remonte jusque dans la tribune presse, où quelques jour­na­listes délaissent un instant les ordi­na­teurs pour chan­ter à tue-tête « Je suis dans la joie ». Le stade est prêt pour accueillir celui qui vient à leur rencontre. 

21h. Une immense clameur reten­tit dans tout le stade. Les jeunes accueillent le pape, revêtu de sa mozette rouge et à bord de la papa­mo­bile. Souriant, le souve­rain pontife salue des deux côtés des allées. À l’ap­plau­di­mètre, Léon dépasse sans doute Céline Dion, en concert à l’autre bout de Paris au même moment.

Une fois le pape installé sur la tribune, la pelouse s’anime : une bonne centaine de figu­rants met en scène les saints de France. De Blan­dine à Charles de Foucauld, les jeunes (re)découvrent des inspi­ra­teurs. Là encore, les jeunes de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ont la joie de voir passer devant eux saint Vincent de Paul, Louise de Marillac, Cathe­rine Labouré et bien sûr, Frédé­ric Ozanam, fonda­teur de l’as­so­cia­tion.

Enfin, le pape prend la parole. « Chers amis ! Merci ! Merci ! Vous êtes les saints de France. » Il répond à la ques­tion de la jeune Cloé : comment témoi­gner de sa foi ?  « C’est là, dans les diffi­cul­tés du quoti­dien que ta foi prend témoi­gnage d’es­pé­rance  ». Dans un français assez fluide, le pape s’adresse aux jeunes d’une voix claire et invite la foule à répé­ter avec lui d’une voix forte : « Pour nous, le Christ c’est la vie ! »

La soirée se prolonge avec un moment de médi­ta­tion devant la Tunique d’Ar­gen­teuil, relique présen­tée aux jeunes dans un écrin de verre. Dans une enceinte habi­tuée aux cris et aux sifflets, on n’en­tend plus que les vrom­bis­se­ments des camé­ras mobiles. Certains prient à genoux, d’autres ferment les yeux. C’est le moment que Shandy, 27 ans, béné­vole de Dijon (21), atten­dait. « C’est super de s’am­bian­cer, recon­naît la jeune étudiante en psycho. Mais le temps de silence, c’est aussi un moment pour être en commu­nion avec les autres. »

Après une dernière lecture, le pape prend la parole une quin­zaine de minutes. Le souve­rain pontife, sensible aux inquié­tudes expri­mées par les jeunes au cours de la soirée – climat, écono­mie, conflits… – se veut rassu­rant et inspi­rant. « Saint Paul nous rappelle que c’est dans la faiblesse qu’on est fort. » Il ajoute « Celui qui vit avec Dieu est libre. » Les jeunes entonnent un Salve Regina alors que le pape reçoit une statue de la Vierge. La veillée s’achève par un feu d’ar­ti­fice qui embrase le stade. Léon XIV s’offre un bain de foule au milieu des jeunes. Ovation du public lorsqu’il gravit l’es­trade centrale. « Léon ! Léon ! » Une berline noire s’avance discrè­te­ment sur le côté, derniers saluts et le pape part rejoindre la noncia­ture. « Ce qui me plait chez lui, c’est son esprit de service, relève Shandy. Il est devenu pape, c’est une mission qu’il a accep­tée.  On doit prier pour lui !  » 

Il presque 23 h, la nuit sera courte pour une grande partie de ces jeunes. Léon XIV les attend demain sur les Champs-Élysées pour la messe, avec 600 000 autres fidèles.

[ La messe sur les Champs-Elysées]