3 octobre 2026 : venez goûter « à la joie du bénévolat ! »
À Metz, ils avaient rendez-vous avec Léon XIV
Pour la dernière étape de la visite de Léon XIV en France, des bénévoles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ont pris la route de Metz. Entre appel à la paix, papamobile et messe à la cathédrale, ils racontent une journée attendue et chargée d’histoire. Par Valérie-Anne Maitre, rédactrice en chef.
Ils ont rendez-vous avec le pape
6 h 30. Un bus file vers Metz (57) avec, à son bord, un groupe de paroissiens venus d’Alsace. Comme de nombreux catholiques de l’Est de la France, ils partent à la rencontre de Léon XIV pour la dernière étape de sa visite en France. Une journée placée sous le signe de la paix et de l’Europe, dans une ville longtemps ballotée par les frontières. Avant la messe en la cathédrale Saint-Étienne, le pape se rend au palais des congrès Robert-Schuman pour une rencontre interreligieuse puis un temps consacré aux racines chrétiennes de l’Europe.
Pendant que les responsables politiques et religieux se réunissent, Daniel et ses acolytes roulent vers la cité lorraine. Le bénévole, engagé dans une équipe locale de la Société de Saint-Vincent-de-Paul à Hœnheim, dans la banlieue de Strasbourg, est le référent communication de son équipe. Il a prévu de documenter cette journée pour la partager avec ceux qui n’auront pas pu venir. Également sur la route, un autre convoi parti d’Erstein, entre Sélestat et Strasbourg, emmène Marina, Jacky et Josiane, tous trois bénévoles dans la Conférence (équipe locale) de la ville. « Quand j’ai su que le pape venait, j’ai appelé le curé pour lui demander ce qu’on faisait, raconte Marina. C’est finalement moi qui organise le déplacement, c’est un peu compliqué. Mais Léon XIV, c’est le successeur de saint Pierre, il faut être là ! »
Le temps d’un arrêt sur une aire d’autoroute, Daniel remarque le grand nombre de cars qui convergent vers Metz. Déjà, il faut repartir, la messe n’est annoncée qu’en début d’après-midi, mais le groupe souhaite arriver assez tôt pour trouver un emplacement près du passage de la papamobile. 35 000 personnes attendues sur la route du pape, c’est moins qu’à Paris mais la ferveur est la même.
Il faut dire que la dernière visite d’un pape à Metz remonte à 1988. Le souverain pontife s’appelait Jean-Paul II et il était venu visiter Strasbourg, Nancy et la cité messine. Daniel s’en souvient bien, il avait fait le déplacement dans la capitale alsacienne. « J’avais 32 ans, je n’étais pas engagé dans des mouvements caritatifs, mais je sais que c’était un moment clé. J’avais pris conscience que si le message biblique est le même partout, j’étais près de celui qui le porte. Le message du pape Jean-Paul II était puissant. » Trente-huit ans plus tard, le moment est tout aussi historique. « C’est la première fois que je vais voir un pape, indique Claire. C’est un moment historique ! » La quadragénaire qui vit en Australie profite de sa visite à sa famille pour « vivre ce moment avec ma mère. » Dans le bus, Daniel recueille les témoignages des paroissiens. « Je viens pour être en communion avec les autres chrétiens, lui raconte Lydia, 60 ans. Et pour soutenir le pape pour la paix. »
La paix pour mot d’ordre
La paix, justement, est au cœur de l’Appel de Metz, lancé au même moment par les responsables religieux réunis avec le pape Léon XIV. « En effet, invoquer le nom de Dieu pour légitimer la violence ou l’oppression est une profanation de ce nom. Rien de ce qui défigure la dignité humaine ne peut se réclamer d’une authentique inspiration divine », répond le Saint-Père dans son premier discours de la journée. « Nous avons besoin de la paix, réagit Anne, de Strasbourg. Ce rassemblement à Metz est tout un symbole. »
Dans le groupe, Daniel est particulièrement attentif aux mots du pape : « Aujourd’hui que je suis engagé dans une association, je retrouve un pape qui parle d’un monde qui souffre de guerres, de crise écologique, de pauvreté, des migrations et même de l’IA et de ses dangers. J’ai été très touché par l’exhortation apostolique Dilexi te. » Depuis 1988, le croyant a fait du chemin. « À 69 ans, le message reçu n’est plus le même qu’à 32. Je viens déjà convaincu. » Pour lui, les paroles de Léon XIV sonnent comme « une alerte, un avertissement, un appel à faire bloc, à être forts. Je voulais être le témoin direct de ce discours. »
Le pape se rapproche
Fin de matinée, les Alsaciens ont enfin trouvé une bonne place en ville, non loin d’un groupe de religieuses. Sur un écran géant, ils suivent les rencontres organisées au Centre des Congrès Robert-Schuman. Le président de la République, Emmanuel Macron, apparaît à l’image. Présent à Metz pour cette dernière étape de la visite pontificale, il prend la parole sur l’Europe et la figure de Robert Schuman. Léon XIV évoque à son tour les racines de l’Europe, citant notamment saint Benoît et l’ancien Premier ministre italien Alcide De Gasperi (1881–1954) parmi les « pères de l’Europe ». La rencontre terminée, les écrans diffusent des chants religieux. La messe ne commence qu’à 16 heures : il faut maintenant patienter.
Sur leur emplacement, Daniel et sa femme Maria ont sorti les chaises pliantes. Le couple, accompagné d’une troisième bénévole, arbore des casquettes et des chasubles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Comme leurs confrères à Paris et Lourdes, ils sont prêts à parler de l’association aux personnes qu’ils croisent. Un peu plus loin, dans la ville, Gabrielle prend place dans la cathédrale. Présidente de l’équipe départementale de la Moselle pour la Société de Saint-Vincent-de-Paul, elle fait partie des 2 000 personnes qui suivront la messe dans la cathédrale. Pour les autres, ce sera sur un écran géant. Pas de quoi décourager Christine, la soixantaine, qui s’imprègne déjà de l’atmosphère particulière de la journée. « Je viens voir le pape et prier pour mes fils. »
La papamobile est annoncée. Daniel fait des tests vidéo avec son téléphone pour obtenir la meilleure prise. Le long du parcours, les drapeaux s’agitent, la foule est en liesse. Des bébés sont tendus vers le souverain pontife qui fait régulièrement arrêter le convoi pour bénir la foule. Daniel tend le bras au-dessus des têtes et lance l’enregistrement… L’image est dans la boîte et aussitôt partagée avec l’équipe communication de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, pour diffusion sur les réseaux sociaux.
Enfin, le pape arrive sur le parvis de la cathédrale, accueilli par le maire qui profite du moment pour offrir une raquette de tennis au souverain pontife que l’on dit sportif. Le pape sourit, remercie et pénètre dans l’édifice. C’est l’heure de la messe. Sous les voutes gothiques, Léon XIV parle à nouveau de l’Europe et la paix. Il sait combien le symbole est fort, sur ces terres où les frontières et les murs ont longtemps séparé les hommes. « Metz et la Moselle témoignent au monde entier que la réconciliation n’est possible que lorsqu’on a le courage de briser la chaîne du ressentiment. »
Ce qu’ils ramènent de Metz
17h30, la messe est dite. C’est l’heure des derniers messages et des remerciements. Le pape offre un calice pour la cathédrale et reçoit une maquette de l’église, des bougies et un portrait de Robert Schuman. Placée sur le bord d’une allée dans la nef, Gabrielle a le temps de prendre rapidement une photo du pape saluant les fidèles. Bientôt, il sera dans l’avion, retour à Rome.
« Ce que j’emporte de ce voyage, c’est le partage et l’union », relève Anne, la Strasbourgeoise. « Nous avons été témoins d’un moment spirituel en France. Tellement de gens étaient rassemblés pour ce temps de partage chrétien ! » s’enthousiasme Claire. Yann de son côté, prévoit de raconter ce qu’il a vu aux personnes qui n’ont pas pu venir à Metz. « J’ai même prévu des petits cadeaux ! »
Sur le chemin du retour, les visages sont fatigués mais la joie n’est pas retombée. Daniel repense à Jean-Paul II. Aujourd’hui, quelque chose a changé. « Souvent, j’ai dit : “J’ai vu le pape.” Maintenant, je peux dire en plus : “J’ai entendu le pape.” Ma foi en ressort encore plus forte. »