À Metz, ils avaient rendez-vous avec Léon XIV

Pour la dernière étape de la visite de Léon XIV en France, des béné­voles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ont pris la route de Metz. Entre appel à la paix, papa­mo­bile et messe à la cathé­drale, ils racontent une jour­née atten­due et char­gée d’his­toire. Par Valé­rie-Anne Maitre, rédac­trice en chef.

Ils ont rendez-vous avec le pape

6 h 30. Un bus file vers Metz (57) avec, à son bord, un groupe de parois­siens venus d’Al­sace. Comme de nombreux catho­liques de l’Est de la France, ils partent à la rencontre de Léon XIV pour la dernière étape de sa visite en France. Une jour­née placée sous le signe de la paix et de l’Eu­rope, dans une ville long­temps ballo­tée par les fron­tières. Avant la messe en la cathé­drale Saint-Étienne, le pape se rend au palais des congrès Robert-Schu­man pour une rencontre inter­re­li­gieuse puis un temps consa­cré aux racines chré­tiennes de l’Eu­rope.

Pendant que les respon­sables poli­tiques et reli­gieux se réunissent, Daniel et ses acolytes roulent vers la cité lorraine. Le béné­vole, engagé dans une équipe locale de la Société de Saint-Vincent-de-Paul à Hœnheim, dans la banlieue de Stras­bourg, est le réfé­rent commu­ni­ca­tion de son équipe. Il a prévu de docu­men­ter cette jour­née pour la parta­ger avec ceux qui n’au­ront pas pu venir. Égale­ment sur la route, un autre convoi parti d’Er­stein, entre Séles­tat et Stras­bourg, emmène Marina, Jacky et Josiane, tous trois béné­voles dans la Confé­rence (équipe locale) de la ville. « Quand j’ai su que le pape venait, j’ai appelé le curé pour lui deman­der ce qu’on faisait, raconte Marina. C’est fina­le­ment moi qui orga­nise le dépla­ce­ment, c’est un peu compliqué. Mais Léon XIV, c’est le succes­seur de saint Pierre, il faut être là ! »

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Le temps d’un arrêt sur une aire d’au­to­route, Daniel remarque le grand nombre de cars qui convergent vers Metz. Déjà, il faut repar­tir, la messe n’est annon­cée qu’en début d’après-midi, mais le groupe souhaite arri­ver assez tôt pour trou­ver un empla­ce­ment près du passage de la papa­mo­bile. 35 000 personnes atten­dues sur la route du pape, c’est moins qu’à Paris mais la ferveur est la même. 

Il faut dire que la dernière visite d’un pape à Metz remonte à 1988. Le souve­rain pontife s’ap­pe­lait Jean-Paul II et il était venu visi­ter Stras­bourg, Nancy et la cité messine. Daniel s’en souvient bien, il avait fait le dépla­ce­ment dans la capi­tale alsa­cienne. «  J’avais 32 ans, je n’étais pas engagé dans des mouve­ments cari­ta­tifs, mais je sais que c’était un moment clé. J’avais pris conscience que si le message biblique est le même partout, j’étais près de celui qui le porte. Le message du pape Jean-Paul II était puis­sant. » Trente-huit ans plus tard, le moment est tout aussi histo­rique.  « C’est la première fois que je vais voir un pape, indique Claire. C’est un moment histo­rique !  » La quadra­gé­naire qui vit en Austra­lie profite de sa visite à sa famille pour « vivre ce moment avec ma mère. » Dans le bus, Daniel recueille les témoi­gnages des parois­siens. « Je viens pour être en commu­nion avec les autres chré­tiens, lui raconte Lydia, 60 ans. Et pour soute­nir le pape pour la paix. » 

La paix pour mot d’ordre

La paix, juste­ment, est au cœur de l’Ap­pel de Metz, lancé au même moment par les respon­sables reli­gieux réunis avec le pape Léon XIV. « En effet, invoquer le nom de Dieu pour légi­ti­mer la violence ou l’op­pres­sion est une profa­na­tion de ce nom. Rien de ce qui défi­gure la dignité humaine ne peut se récla­mer d’une authen­tique inspi­ra­tion divine », répond le Saint-Père dans son premier discours de la jour­née. « Nous avons besoin de la paix, réagit Anne, de Stras­bourg. Ce rassem­ble­ment à Metz est tout un symbole. » 

Dans le groupe, Daniel est parti­cu­liè­re­ment atten­tif aux mots du pape : « Aujour­d’hui que je suis engagé dans une asso­cia­tion, je retrouve un pape qui parle d’un monde qui souffre de guerres, de crise écolo­gique, de pauvreté, des migra­tions et même de l’IA et de ses dangers. J’ai été très touché par l’ex­hor­ta­tion apos­to­lique Dilexi te. » Depuis 1988, le croyant a fait du chemin. « À 69 ans, le message reçu n’est plus le même qu’à 32. Je viens déjà convaincu.  » Pour lui, les paroles de Léon XIV sonnent comme « une alerte, un aver­tis­se­ment, un appel à faire bloc, à être forts. Je voulais être le témoin direct de ce discours. »

Le pape se rapproche

Fin de mati­née, les Alsa­ciens ont enfin trouvé une bonne place en ville, non loin d’un groupe de reli­gieuses. Sur un écran géant, ils suivent les rencontres orga­ni­sées au Centre des Congrès Robert-Schu­man. Le président de la Répu­blique, Emma­nuel Macron, appa­raît à l’image. Présent à Metz pour cette dernière étape de la visite ponti­fi­cale, il prend la parole sur l’Eu­rope et la figure de Robert Schu­man. Léon XIV évoque à son tour les racines de l’Eu­rope, citant notam­ment saint Benoît et l’an­cien Premier ministre italien Alcide De Gasperi (1881–1954) parmi les « pères de l’Eu­rope ». La rencontre termi­née, les écrans diffusent des chants reli­gieux. La messe ne commence qu’à 16 heures : il faut main­te­nant patien­ter.

Sur leur empla­ce­ment, Daniel et sa femme Maria ont sorti les chaises pliantes. Le couple, accom­pa­gné d’une troi­sième béné­vole, arbore des casquettes et des chasubles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Comme leurs confrères à Paris et Lourdes, ils sont prêts à parler de l’as­so­cia­tion aux personnes qu’ils croisent. Un peu plus loin, dans la ville, Gabrielle prend place dans la cathé­drale. Prési­dente de l’équipe dépar­te­men­tale de la Moselle pour la Société de Saint-Vincent-de-Paul, elle fait partie des 2 000 personnes qui suivront la messe dans la cathé­drale. Pour les autres, ce sera sur un écran géant. Pas de quoi décou­ra­ger Chris­tine, la soixan­taine, qui s’im­prègne déjà de l’at­mo­sphère parti­cu­lière de la jour­née. « Je viens voir le pape et prier pour mes fils.  »

La papa­mo­bile est annon­cée. Daniel fait des tests vidéo avec son télé­phone pour obte­nir la meilleure prise. Le long du parcours, les drapeaux s’agitent, la foule est en liesse. Des bébés sont tendus vers le souve­rain pontife qui fait régu­liè­re­ment arrê­ter le convoi pour bénir la foule. Daniel tend le bras au-dessus des têtes et lance l’en­re­gis­tre­ment… L’image est dans la boîte et aussi­tôt parta­gée avec l’équipe commu­ni­ca­tion de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, pour diffu­sion sur les réseaux sociaux.

Enfin, le pape arrive sur le parvis de la cathé­drale, accueilli par le maire qui profite du moment pour offrir une raquette de tennis au souve­rain pontife que l’on dit spor­tif. Le pape sourit, remer­cie et pénètre dans l’édi­fice. C’est l’heure de la messe. Sous les voutes gothiques, Léon XIV parle à nouveau de l’Eu­rope et la paix. Il sait combien le symbole est fort, sur ces terres où les fron­tières et les murs ont long­temps séparé les hommes. « Metz et la Moselle témoignent au monde entier que la récon­ci­lia­tion n’est possible que lorsqu’on a le courage de briser la chaîne du ressen­ti­ment. » 

Ce qu’ils ramènent de Metz

17h30, la messe est dite. C’est l’heure des derniers messages et des remer­cie­ments. Le pape offre un calice pour la cathé­drale et reçoit une maquette de l’église, des bougies et un portrait de Robert Schu­man. Placée sur le bord d’une allée dans la nef, Gabrielle a le temps de prendre rapi­de­ment une photo du pape saluant les fidèles. Bien­tôt, il sera dans l’avion, retour à Rome. 

« Ce que j’em­porte de ce voyage, c’est le partage et l’union », relève Anne, la Stras­bour­geoise. « Nous avons été témoins d’un moment spiri­tuel en France. Telle­ment de gens étaient rassem­blés pour ce temps de partage chré­tien !  » s’en­thou­siasme Claire. Yann de son côté, prévoit de racon­ter ce qu’il a vu aux personnes qui n’ont pas pu venir à Metz. « J’ai même prévu des petits cadeaux ! » 

Sur le chemin du retour, les visages sont fati­gués mais la joie n’est pas retom­bée. Daniel repense à Jean-Paul II. Aujour­d’hui, quelque chose a changé. « Souvent, j’ai dit : “J’ai vu le pape.” Main­te­nant, je peux dire en plus : “J’ai entendu le pape.” Ma foi en ressort encore plus forte. »

 

[La jour­née du pape à Lourdes]