Léon XIV au Stade de France : les jeunes racontent leur veillée

Ils ont chanté, prié, attendu, puis aperçu le pape à quelques mètres d’eux. Au Stade de France, une quaran­taine de jeunes béné­voles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ont vécu une soirée entre louange, témoi­gnages et ferveur. Récit au cœur de la foule. Par Marie Deschee­mae­kere, pigiste.

« Moi, je suis juste venu voir le pape »

17 h 30, sortie du RER D à Saint-Denis (93). Je retrouve la quaran­taine de jeunes béné­voles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul et notre petit groupe se met en route vers la porte R du Stade de France. Une foule commence déjà à se déver­ser dans les allées de cette célèbre enceinte du sport français. Jeunes de 18 à 35 ans et de tous hori­zons, signes de la diver­sité de la commu­nauté catho­lique en France, ils affluent vers les portes et arborent drapeaux, pancartes en tous genres et bannières de pèle­ri­nages. Ce vendredi 26 septembre 2026, nous avons rendez-vous avec le pape Léon XIV en visite en France pour la première fois.

Après de multiples contrôles de sécu­rité, nous péné­trons enfin dans l’en­ceinte du stade, avec, à la main, les inten­tions de prière de béné­voles et des personnes accom­pa­gnées de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Pauline et Shandy, toutes deux membres de la Commis­sion en charge du Réseau Jeunes, s’em­pressent de distri­buer les foulards et tee-shirt de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Avec cette tenue, impos­sible de nous louper. Nous portons le tee-shirt jaune vif issu de la dernière session d’été (ce qui nous vaut d’être confon­dus avec les volon­taires de l’or­ga­ni­sa­tion), et un foulard bleu autour du cou, dans un style qui rappelle vague­ment la tenue des festayres dans le Sud-Ouest. Sauf que ce soir, des chevaux du Puy du Fou remplacent les taureaux, et l’arène est une pelouse de foot­ball trans­for­mée en salle de spec­tacle. Niveau ambiance, on n’est pas loin, l’al­cool en moins.

Nous nous plaçons sur la pelouse, à gauche de l’al­lée centrale, recou­verte pour l’oc­ca­sion d’un tapis rouge. En face de nous, derrière une estrade en bois, un écran géant affiche une grande rosace multi­co­lore. Sur la tribune d’hon­neur trône le fauteuil en bois dans lequel s’ins­tal­lera Léon XIV. Le 267e pape de l’Église catho­lique a entamé le matin même une visite de quatre jours en France et à l’Unesco.

 

Paroles et musique

En atten­dant que les premiers artistes entrent en scène, les jeunes entament leur casse-croûte. Alberto, repré­sen­tant espa­gnol des jeunes Vincen­tiens (béné­voles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul), est venu exprès de Madrid pour le week-end. Pour lui, pas de sand­wich triangle, il entame un paquet de saucis­son. Je profite de cet instant de répit pour deman­der à mes compa­gnons ce qui a motivé leur parti­ci­pa­tion à cette soirée. Baptiste, jeune béné­vole à Vannes (56), me répond, mi-gêné, mi-amusé : « Moi je suis juste venu voir le pape.  » Dieu­donné, Dijon­nais de 34 ans, m’ex­plique, le sourire aux lèvres : « Dans quelques semaines, je n’au­rai plus l’âge d’être consi­déré comme jeune, donc c’était l’oc­ca­sion à ne pas manquer : voir le pape en France. En tant que chré­tien, ce sont des moments qui nous unissent, qui renforcent encore la foi et l’es­pé­rance. Manquer cela, c’était impos­sible pour moi.  » Pauline, elle, attend « de vivre un vrai moment de commu­nion, un temps frater­nel, avec tous ces jeunes, dans le recueille­ment, la joie, la paix, la prière et la frater­nité. » Quant à Alberto, il m’ex­plique, en espa­gnol, que cette soirée dit aussi quelque chose de l’unité de l’Église. « Même si nous venons tous de lieux diffé­rents, nous voulons être tous unis pour le pape, qui est le succes­seur de Pierre. » 

« Soyez les athlètes du Christ ! »

Soudain, la musique reten­tit, alors que le stade conti­nue de se remplir. Grégory Turpin et Nata­sha St-Pier entament les festi­vi­tés avec la chan­son compo­sée pour l’oc­ca­sion « Pour que le monde ait la vie  ». Les artistes se succèdent. Quand Tagra, jeune rappeur chré­tien de Sarcelles, surgit, une béné­vole me glisse « Tu le connais, toi ?  » Pauline, elle, est fan des Fran­gines. Mais c’est l’ar­ri­vée de Glorious, groupe qu’on ne présente plus, qui fait l’una­ni­mité. Le stade entonne à tue-tête leurs titres de pop louange, dont une reprise du célèbre « Resu­citó ». 

Après de longues heures de marche puis d’at­tente, les jambes commencent à fati­guer et plusieurs jeunes autour de moi s’as­soient tant bien que mal au milieu des sacs jetés pêle-mêle et des embal­lages de sand­wich. Au même moment, Mgr Étienne Guillet, évêque de Saint-Denis, monte sur l’es­trade et souhaite la bien­ve­nue aux jeunes, les invi­tant à être, selon les mots du pape François, « les athlètes du Christ  ». Les regards se portent soudain vers l’îlot en bois, au centre de la pelouse, où Benoît Saint-Denis, combat­tant français de MMA, et Orvedi Clau­dio, jeune Ango­lais atteint d’un trouble neuro­lo­gique, échangent sur le thème « Foi, souffle de vie ». La foule se tait et écoute atten­ti­ve­ment. Dieu­donné se montre parti­cu­liè­re­ment touché par le récit d’Or­vedi : « Son témoi­gnage est forti­fiant. Montrer comment une personne en situa­tion de handi­cap arrive à vivre et à témoi­gner, vrai­ment, c’est incroyable. » 

Le programme de la soirée se pour­suit. L’am­biance change lorsque le stade se met à scin­tiller en rose. Une statue de la Vierge Marie, portée par quatre scouts, s’avance lente­ment vers l’es­trade. La foule reprend en chœur l’Ave Maria porté par la voix de Monroe, dernière repré­sen­tante de la France à l’Eu­ro­vi­sion. Alors qu’un film sur les pèle­ri­nages mariaux est diffusé sur le grand écran, des jeunes défilent dans le stade, portant à bout de bras les bannières des prin­ci­paux sanc­tuaires français. Glorious réap­pa­raît pour vingt minutes de louange qui mettent le feu au stade. Désor­mais, le stade est plein et nous sommes serrés comme des sardines dans notre petite portion de pelouse. 

 

Un pape servi­teur

Soudain, une clameur s’élève. «  Il est là ! Il est là !  » Parfai­te­ment à l’heure, le pape Léon XIV appa­raît sur les écrans géants du stade, acclamé par une foule en liesse : « Papa Leone ! Papa Leone ! ». Tous se pressent contre les barrières de sécu­rité pour tenter d’aper­ce­voir le pape, au grand dam des volon­taires qui nous intiment de recu­ler. Portables en l’air, les jeunes tentent d’aper­ce­voir la star du jour. Derniè­re­ment, seul peut-être le rappeur Jul a reçu un tel accueil au Stade de France. Qu’est-ce qui les touche tant dans ce pape élu depuis presque un an et demi. Shandy me confie : « C’est son côté servi­teur. C’est une mission qu’il a accep­tée, qu’il n’a pas deman­dée. C’est le service du pape, et je pense qu’on doit prier pour lui. » Une mission qui rappelle le rôle de « diri­geant-servi­teur » des prési­dents de Confé­rences de Saint-Vincent-de-Paul qui sont au service de leurs confrères. Pour Alberto, c’est « sa proxi­mité, et le fait qu’en à peine un an de ponti­fi­cat, il a voulu tant de fois se rappro­cher des jeunes.  » Faus­tine, elle, m’évoque la dernière ency­clique du pape, Magni­fica huma­ni­tas, qu’elle a même glis­sée dans son sac. Le livre à la main, elle entre­prend de m’en expliquer les grandes lignes. 

Après un tour du stade pour saluer la foule, la papa­mo­bile arrive en bas de l’es­trade. En haut des marches, Mgr Guillet accueille le pape Léon XIV en Seine-Saint-Denis, « dépar­te­ment le plus jeune et le plus cosmo­po­lite de France », ce qui provoque, de l’autre côté du stade, l’en­thou­siasme des jeunes du 93. Soudain, le stade plonge dans l’obs­cu­rité. Commence alors le grand tableau histo­rique sur les saints de France. Blan­dine, Martin de Tours ou encore Clovis défilent. Jeanne d’Arc arrive à cheval, suivie par plusieurs cheva­liers en armure. Saint Vincent de Paul et Louise de Marillac appa­raissent ensuite, repré­sen­tant la vertu de la charité. A l’is­sue de cette grande fresque, le pape s’écrie : « Vous êtes les saints de France ! » Après avoir remer­cié les jeunes pour leur accueil, il nous livre son ensei­gne­ment. Il rappelle l’im­por­tance de l’at­ten­tion au prochain et évoque la ques­tion de l’en­ga­ge­ment dans l’Église. Alberto, un peu perdu, me demande de lui traduire les propos de Léon XIV. « C’était très beau, m’ex­plique Faus­tine. Déjà, il parle en français donc c’est très touchant. Il nous a dit que le message des chré­tiens n’était pas incom­pa­tible avec la vie en société ».

Après l’en­sei­gne­ment du pape, les reliques de la tunique d’Ar­gen­teuil sont amenées sur l’es­trade. Silence dans le stade. Lorsque la lita­nie des saints commence, les jeunes s’age­nouillent. À l’in­vo­ca­tion du nom de Frédé­ric Ozanam, les jeunes Vincen­tiens échangent des sourires ravis.  « Cela m’évoque la Société de Saint-Vincent-de-Paul », dit Shandy en souriant. « Et la charité », ajoute-t-elle. 

Avant sa béné­dic­tion finale, le pape lance aux jeunes Français : « Jeunes de France, vous portez dans votre cœur un immense désir de liberté. » Pour Dieu­donné, cette soirée « réveille un peu la jeunesse française, qui était un peu endor­mie ou fati­guée. C’est une grâce pour l’Église française de vivre ce moment.  »  Les jeunes entonnent le Salve Regina en latin et Alberto peut enfin chan­ter avec nous.

Une soirée pleine d’éclats

Un feu d’ar­ti­fice éclate au-dessus du stade, apothéose d’une soirée inou­bliable pour les jeunes. Sous cette pluie dorée, le pape fait un dernier tour du stade et passe à deux mètres de nous, alors que nous sommes survol­tés. Sur l’écran géant, il adresse un dernier salut aux jeunes de France, avant de s’en­gouf­frer dans sa berline aux vitres tein­tées. 

Avant que nous nous disper­sions tous, je saisis au vol Dieu­donné et Faus­tine. Leur soirée en trois mots ? Faus­tine, encore émue, réflé­chit : « Magni­fique. Joie. Et pape, message du pape. Le pape en France, c’est une immense joie. » Pour Dieu­donné, la soirée était au-delà de ses attentes. « Formi­dable. Je ne m’at­ten­dais pas à voir la jeunesse française aussi chaude, moti­vée, pour passer plus de cinq heures debout, à crier, à chan­ter et à prier. » 

Le temps de faire une photo de groupe, nous sommes pous­sés vers la sortie. Un agent de sécu­rité nous demande d’en­le­ver les barrières, nous prenant pour des volon­taires. On préfère se ruer vers Benja­min Pouzin, de Glorious, pour lui deman­der un selfie.

48h à Paris avec le pape Léon XIV