3 octobre 2026 : venez goûter « à la joie du bénévolat ! »
Léon XIV au Stade de France : les jeunes racontent leur veillée
Ils ont chanté, prié, attendu, puis aperçu le pape à quelques mètres d’eux. Au Stade de France, une quarantaine de jeunes bénévoles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ont vécu une soirée entre louange, témoignages et ferveur. Récit au cœur de la foule. Par Marie Descheemaekere, pigiste.
« Moi, je suis juste venu voir le pape »
17 h 30, sortie du RER D à Saint-Denis (93). Je retrouve la quarantaine de jeunes bénévoles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul et notre petit groupe se met en route vers la porte R du Stade de France. Une foule commence déjà à se déverser dans les allées de cette célèbre enceinte du sport français. Jeunes de 18 à 35 ans et de tous horizons, signes de la diversité de la communauté catholique en France, ils affluent vers les portes et arborent drapeaux, pancartes en tous genres et bannières de pèlerinages. Ce vendredi 26 septembre 2026, nous avons rendez-vous avec le pape Léon XIV en visite en France pour la première fois.
Après de multiples contrôles de sécurité, nous pénétrons enfin dans l’enceinte du stade, avec, à la main, les intentions de prière de bénévoles et des personnes accompagnées de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Pauline et Shandy, toutes deux membres de la Commission en charge du Réseau Jeunes, s’empressent de distribuer les foulards et tee-shirt de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Avec cette tenue, impossible de nous louper. Nous portons le tee-shirt jaune vif issu de la dernière session d’été (ce qui nous vaut d’être confondus avec les volontaires de l’organisation), et un foulard bleu autour du cou, dans un style qui rappelle vaguement la tenue des festayres dans le Sud-Ouest. Sauf que ce soir, des chevaux du Puy du Fou remplacent les taureaux, et l’arène est une pelouse de football transformée en salle de spectacle. Niveau ambiance, on n’est pas loin, l’alcool en moins.
Nous nous plaçons sur la pelouse, à gauche de l’allée centrale, recouverte pour l’occasion d’un tapis rouge. En face de nous, derrière une estrade en bois, un écran géant affiche une grande rosace multicolore. Sur la tribune d’honneur trône le fauteuil en bois dans lequel s’installera Léon XIV. Le 267e pape de l’Église catholique a entamé le matin même une visite de quatre jours en France et à l’Unesco.
Paroles et musique
En attendant que les premiers artistes entrent en scène, les jeunes entament leur casse-croûte. Alberto, représentant espagnol des jeunes Vincentiens (bénévoles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul), est venu exprès de Madrid pour le week-end. Pour lui, pas de sandwich triangle, il entame un paquet de saucisson. Je profite de cet instant de répit pour demander à mes compagnons ce qui a motivé leur participation à cette soirée. Baptiste, jeune bénévole à Vannes (56), me répond, mi-gêné, mi-amusé : « Moi je suis juste venu voir le pape. » Dieudonné, Dijonnais de 34 ans, m’explique, le sourire aux lèvres : « Dans quelques semaines, je n’aurai plus l’âge d’être considéré comme jeune, donc c’était l’occasion à ne pas manquer : voir le pape en France. En tant que chrétien, ce sont des moments qui nous unissent, qui renforcent encore la foi et l’espérance. Manquer cela, c’était impossible pour moi. » Pauline, elle, attend « de vivre un vrai moment de communion, un temps fraternel, avec tous ces jeunes, dans le recueillement, la joie, la paix, la prière et la fraternité. » Quant à Alberto, il m’explique, en espagnol, que cette soirée dit aussi quelque chose de l’unité de l’Église. « Même si nous venons tous de lieux différents, nous voulons être tous unis pour le pape, qui est le successeur de Pierre. »
« Soyez les athlètes du Christ ! »
Soudain, la musique retentit, alors que le stade continue de se remplir. Grégory Turpin et Natasha St-Pier entament les festivités avec la chanson composée pour l’occasion « Pour que le monde ait la vie ». Les artistes se succèdent. Quand Tagra, jeune rappeur chrétien de Sarcelles, surgit, une bénévole me glisse « Tu le connais, toi ? » Pauline, elle, est fan des Frangines. Mais c’est l’arrivée de Glorious, groupe qu’on ne présente plus, qui fait l’unanimité. Le stade entonne à tue-tête leurs titres de pop louange, dont une reprise du célèbre « Resucitó ».
Après de longues heures de marche puis d’attente, les jambes commencent à fatiguer et plusieurs jeunes autour de moi s’assoient tant bien que mal au milieu des sacs jetés pêle-mêle et des emballages de sandwich. Au même moment, Mgr Étienne Guillet, évêque de Saint-Denis, monte sur l’estrade et souhaite la bienvenue aux jeunes, les invitant à être, selon les mots du pape François, « les athlètes du Christ ». Les regards se portent soudain vers l’îlot en bois, au centre de la pelouse, où Benoît Saint-Denis, combattant français de MMA, et Orvedi Claudio, jeune Angolais atteint d’un trouble neurologique, échangent sur le thème « Foi, souffle de vie ». La foule se tait et écoute attentivement. Dieudonné se montre particulièrement touché par le récit d’Orvedi : « Son témoignage est fortifiant. Montrer comment une personne en situation de handicap arrive à vivre et à témoigner, vraiment, c’est incroyable. »
Le programme de la soirée se poursuit. L’ambiance change lorsque le stade se met à scintiller en rose. Une statue de la Vierge Marie, portée par quatre scouts, s’avance lentement vers l’estrade. La foule reprend en chœur l’Ave Maria porté par la voix de Monroe, dernière représentante de la France à l’Eurovision. Alors qu’un film sur les pèlerinages mariaux est diffusé sur le grand écran, des jeunes défilent dans le stade, portant à bout de bras les bannières des principaux sanctuaires français. Glorious réapparaît pour vingt minutes de louange qui mettent le feu au stade. Désormais, le stade est plein et nous sommes serrés comme des sardines dans notre petite portion de pelouse.
Un pape serviteur
Soudain, une clameur s’élève. « Il est là ! Il est là ! » Parfaitement à l’heure, le pape Léon XIV apparaît sur les écrans géants du stade, acclamé par une foule en liesse : « Papa Leone ! Papa Leone ! ». Tous se pressent contre les barrières de sécurité pour tenter d’apercevoir le pape, au grand dam des volontaires qui nous intiment de reculer. Portables en l’air, les jeunes tentent d’apercevoir la star du jour. Dernièrement, seul peut-être le rappeur Jul a reçu un tel accueil au Stade de France. Qu’est-ce qui les touche tant dans ce pape élu depuis presque un an et demi. Shandy me confie : « C’est son côté serviteur. C’est une mission qu’il a acceptée, qu’il n’a pas demandée. C’est le service du pape, et je pense qu’on doit prier pour lui. » Une mission qui rappelle le rôle de « dirigeant-serviteur » des présidents de Conférences de Saint-Vincent-de-Paul qui sont au service de leurs confrères. Pour Alberto, c’est « sa proximité, et le fait qu’en à peine un an de pontificat, il a voulu tant de fois se rapprocher des jeunes. » Faustine, elle, m’évoque la dernière encyclique du pape, Magnifica humanitas, qu’elle a même glissée dans son sac. Le livre à la main, elle entreprend de m’en expliquer les grandes lignes.
Après un tour du stade pour saluer la foule, la papamobile arrive en bas de l’estrade. En haut des marches, Mgr Guillet accueille le pape Léon XIV en Seine-Saint-Denis, « département le plus jeune et le plus cosmopolite de France », ce qui provoque, de l’autre côté du stade, l’enthousiasme des jeunes du 93. Soudain, le stade plonge dans l’obscurité. Commence alors le grand tableau historique sur les saints de France. Blandine, Martin de Tours ou encore Clovis défilent. Jeanne d’Arc arrive à cheval, suivie par plusieurs chevaliers en armure. Saint Vincent de Paul et Louise de Marillac apparaissent ensuite, représentant la vertu de la charité. A l’issue de cette grande fresque, le pape s’écrie : « Vous êtes les saints de France ! » Après avoir remercié les jeunes pour leur accueil, il nous livre son enseignement. Il rappelle l’importance de l’attention au prochain et évoque la question de l’engagement dans l’Église. Alberto, un peu perdu, me demande de lui traduire les propos de Léon XIV. « C’était très beau, m’explique Faustine. Déjà, il parle en français donc c’est très touchant. Il nous a dit que le message des chrétiens n’était pas incompatible avec la vie en société ».
Après l’enseignement du pape, les reliques de la tunique d’Argenteuil sont amenées sur l’estrade. Silence dans le stade. Lorsque la litanie des saints commence, les jeunes s’agenouillent. À l’invocation du nom de Frédéric Ozanam, les jeunes Vincentiens échangent des sourires ravis. « Cela m’évoque la Société de Saint-Vincent-de-Paul », dit Shandy en souriant. « Et la charité », ajoute-t-elle.
Avant sa bénédiction finale, le pape lance aux jeunes Français : « Jeunes de France, vous portez dans votre cœur un immense désir de liberté. » Pour Dieudonné, cette soirée « réveille un peu la jeunesse française, qui était un peu endormie ou fatiguée. C’est une grâce pour l’Église française de vivre ce moment. » Les jeunes entonnent le Salve Regina en latin et Alberto peut enfin chanter avec nous.
Une soirée pleine d’éclats
Un feu d’artifice éclate au-dessus du stade, apothéose d’une soirée inoubliable pour les jeunes. Sous cette pluie dorée, le pape fait un dernier tour du stade et passe à deux mètres de nous, alors que nous sommes survoltés. Sur l’écran géant, il adresse un dernier salut aux jeunes de France, avant de s’engouffrer dans sa berline aux vitres teintées.
Avant que nous nous dispersions tous, je saisis au vol Dieudonné et Faustine. Leur soirée en trois mots ? Faustine, encore émue, réfléchit : « Magnifique. Joie. Et pape, message du pape. Le pape en France, c’est une immense joie. » Pour Dieudonné, la soirée était au-delà de ses attentes. « Formidable. Je ne m’attendais pas à voir la jeunesse française aussi chaude, motivée, pour passer plus de cinq heures debout, à crier, à chanter et à prier. »
Le temps de faire une photo de groupe, nous sommes poussés vers la sortie. Un agent de sécurité nous demande d’enlever les barrières, nous prenant pour des volontaires. On préfère se ruer vers Benjamin Pouzin, de Glorious, pour lui demander un selfie.
48h à Paris avec le pape Léon XIV