3 octobre 2026 : venez goûter « à la joie du bénévolat ! »
À la messe de Léon XIV, les derniers passent devant
Des métros bondés à la place de la Concorde, les bénévoles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul ont vécu au plus près la messe célébrée par le pape Léon XIV à Paris. Une journée de ferveur et de fraternité, marquée par un clin d’œil appuyé du pape à Vincent de Paul et Frédéric Ozanam. Par Valérie-Anne Maitre, rédactrice en chef.
Chacun son chemin (vers la Concorde)
« Les métros, c’est comme les pains et les poissons, non ? ça se multiplie ? » lance goguenard un monsieur distingué et compressé contre ses voisins dans le wagon. Ce samedi 26 septembre, les quais comme les rames sont bondés en direction des Champs-Élysées. Car c’est là, sur la place de la Concorde que les catholiques de France ont rendez-vous avec le pape Léon XIV pour une messe géante. 600 000 inscrits annoncés, 800 000 comptabilisés par les organisateurs. La police, mobilisée dans les rues, sur les toits et dans les airs a dû arriver au même nombre. Des foules de jeunes, de moins jeunes, des familles, des valides et des moins rapides, des scouts, des religieux, des prêtres, des curieux… Tous se pressent dans les transports en commun dès le début de matinée, alors que la messe ne commence qu’à 15 h. C’est qu’il s’agit de trouver le bon emplacement, près d’un écran géant et idéalement des barrières où passera la papamobile. « On est parti à 8h30, raconte Sylvie, bénévole de la Conférence Notre-Dame de l’Assomption près de Bercy (12e). On a bien marché 4 h, mais je ne me suis pas ennuyée, je n’ai pas vu le temps passer ! J’ai rencontré une dame libanaise, nous avons discuté. »
De l’autre côté de Paris, à la paroisse Sainte-Marie des Batignolles (17e), un petit groupe de bénévoles et de personnes accompagnées de la Société de Saint-Vincent-de-Paul a également pris la route tôt le matin. Audrey, Anne-Marie, Isabelle, Emerencienne ou encore Aliénor entament un long chemin vers la place de la Concorde. Car les derniers seront les premiers est-il écrit (Mt 20,16). Et l’occurrence, ce samedi, les derniers seront placés au premier rang devant l’immense estrade installée sur la place parisienne qui accueille habituellement le défilé du 14 juillet. La délégation vincentienne fait partie des invités du Pôle solidarité du diocèse de Paris. À leurs côtés, des bénévoles et personnes accompagnées du Secours catholique, des Apprentis d’Auteuil ou encore de l’Office chrétien des handicapés.
Depuis Lyon, Laurent a pris le TGV très tôt, avec des centaines de paroissiens de la région. Le temps de trajet entre la capitale des Gaules et la capitale a été mis à profit. « Notre curé nous a fait célébrer les laudes et nous avons eu un petit reportage avec des élèves des écoles Lazaristes, présents dans le train. Ensuite, nous avons échangé entre voyageurs, sur les raisons de notre venue et sur ce que nous aimerions dire au pape si nous lui parlions. »
Sur la route du pape
Les plus fragiles, c’est vers eux qu’il faut tendre son regard et porter son service. C’est justement ce que rappelle le jour même, le pape Léon XIV à la maison Bakhita dans le 9e arrondissement de Paris. « Bonjour, je suis très heureux de commencer cette deuxième journée à Paris ici. » déclare-t-il. Reçu dans une ambiance chaleureuse dans les locaux, il prend le temps d’entendre Maysan, Anne et Blessing, tous trois accompagnés par des bénévoles de cette structure de solidarité, pilotée par le diocèse parisien. Sensible aux témoignages forts et livrés sans filtre, le souverain pontife conclut la rencontre : « Je remercie toutes les personnes qui, partout en France, dans des institutions semblables, accomplissent ce service. Continuez à témoigner de cette attention mutuelle qui, à travers l’accueil fraternel (…) élève l’esprit et humanise le monde. » Des paroles qui résonnent aux oreilles d’Audrey. « C’est hyper touchant ! On voit qu’on est ensemble, au service, au nom de l’Église. Cela créé une fraternité. Et puis, savoir que le pape pense à nous, ça redonne de l’élan et envie de continuer dans cette générosité et cette fraternité qu’on partage ! » Habituellement, Audrey retrouve son équipe dans une salle de sa paroisse pour un temps de café partagé. « Ce matin, ça change, c’est historique, on est place de la Concorde pour voir le pape ! » se réjouit-elle. « C’est la première fois que je vais voir Léon XIV. Je suis curieuse d’écouter le message qu’il aura à nous dire. »
Ô Champs-Élysées !
Pendant que les pèlerins s’ambiancent dans les métros bondés, le pape, lui, n’a pas tellement de problème de transport. À bord d’une voiture officielle, il quitte la maison Bakhita pour son deuxième rendez-vous de la matinée : l’Institut catholique de Paris. Au programme, la rencontre avec des catéchumènes et des délégués du synode régional. Un temps de prière est également prévu dans l’église Saint-Joseph-des-Carmes. On espère que les organisateurs auront eu le temps de lui indiquer que, dans la crypte, se trouve le tombeau d’un homme qui fut au service, lui aussi. Depuis 1853, Frédéric Ozanam repose dans cette église, à la demande de son épouse, Amélie. Pour l’heure, le pape se concentre sur l’accueil des catéchumènes dans l’Église de France, c’est, selon les spécialistes des questions d’actualité religieuse, en partie pour cela qu’il vient en France. Vient le temps de la prise de parole. Pour le pape, l’accompagnement des nouveaux arrivants dans l’Église doit être progressif et partagé : « Il s’agit d’adopter le style du marcher ensemble. Sur les sentiers de la foi chrétienne, on s’enrichit mutuellement et on grandit ensemble. » Des paroles du souverain pontife qui marqueront sans doute les bénévoles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, eux qui ont l’habitude témoigner de leur foi par leurs actions presque au quotidien.
Sur les Champs-Élysées, le groupe de Bruno parvient à s’installer le long des barrières, au plus près pour voir passer le pape. Bénévole de la Société de Saint-Vincent-de-Paul dans les Yvelines, Bruno s’est mis au service, ce samedi, pour accompagner une douzaine résidentes d’un EHPAD « de 64 à 96 ans ! » Il ajoute : « C’est extraordinaire, l’ambiance est belle. » Du côté de Laurent, le groupe parvient à trouver un emplacement pour voir à la fois la messe sur grand écran et le passage de la papamobile. Le père de famille réussit même à retrouver son fils, étudiant en région parisienne.
À la mi-journée, les rues de Paris sont noires de monde. Les forces de l’ordre guident les pèlerins. Non, on ne peut pas passer par la rue du Faubourg Saint-Honoré et le palais de l’Élysée, oui l’accès A Nord c’est par ici… Dans une rue proche de la Concorde, fermée à la circulation, des cars de tourisme déversent encore des milliers de personnes venues de toute la France. Guidés par les volontaires de l’organisation, reconnaissables à leurs tee-shirt jaune vif, ils parviennent enfin vers la zone indiquée sur les billets. La foule s’étale sur les Champs-Élysées et déborde même sur les avenues voisines. C’est l’heure de sortir les pique-niques du sac, certains patientent avec des jeux de société ou des coloriages. Un quart d’heure avant la fermeture des accès à l’avenue, Valérie parvient à se glisser à l’emplacement indiqué sur le billet, ouf ! Mais « Je suis un peu déçue, les écrans sont trop loin, on ne voit rien ! » Cette bénévole depuis deux ans dans l’équipe de Sylvie près de Bercy, a toutefois suivi la soirée des jeunes avec le pape à la télé, la veille. « C’était super ! »
Place de la Concorde, Audrey et son groupe ont réussi à passer les contrôles de sécurité et entrent dans le carré réservé aux associations de solidarité. De l’autre côté d’une allée, les personnalités sont attendues, des politiques bien sûr, mais aussi quelques capitaines d’industries, des princes, des vedettes de cinéma, de la chanson ou encore de la mode. « Cette messe sera un beau moment de communion, relève Audrey, peu importe que l’on soit riche ou pauvre, car ‘quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux’ (Mt 18, 20). Nous serons en communion pour prier ensemble. » Autour d’Audrey, les bénévoles aident les personnes accompagnées à déjeuner, déposent des châles ou des couvertures sur les plus frileux tandis que des journalistes parcourent la zone à la recherche de volontaires pour des interviews. Justement, Audrey est invitée pour répondre en direct dans le journal de 13h sur France Télévisions.
Il est là, il arrive, l’homme en blanc
14 h, les écrans géants s’allument sur la Concorde et montrent la foule massée sur les Champs Élysées. Soudain, la papamobile apparaît à l’écran. Clameur générale, c’est le signe de l’arrivée proche du Saint-Père. L’impatience grandit, chacun feuillette le programme, à quelle heure la descente des Champs ? Parée de drapeaux jaune et blancs, l’avenue bruisse de joie. Finalement, le souverain pontife arrive alors même que les premiers rayons du soleil percent le ciel voilé. La papamobile entame lentement la descente de l’avenue, régulièrement arrêtée par les volontaires qui tendent à bout de bras des bébés. Léon XIV bénit à droite et à gauche de la voiture, sans s’offusquer des hurlements et pleurs de ces très très jeunes fidèles pris de panique au milieu de la foule. Un peu plus loin, il pose un regard plein de tendresse sur une jeune fille handicapée que les volontaires lui présentent. « Il y a une vraie solidarité, note Bruno. Je suis frappé par l’attention des gens les uns envers les autres. » Dans son groupe, les valides se sont mis à genoux pour que les dames en fauteuil ne soient pas gênées par un mur de dos qui empêcherait de bien voir le pape passer. « Ce n’est pas souvent qu’on voit cette solidarité sur les Champs Élysées quand il y a des défilés de footballeurs ou d’autres. » ajoute le bénévole avec un brin de malice. Autres temps, autre champion.
Laurent aussi se dit marqué par le passage du convoi pontifical. « Le pape a l’air tout gêné de cette grande foule et j’ai l’impression qu’il fait de son mieux pour satisfaire la foule mais aussi lui transmettre la foi, par son attitude pleine d’amour pour tous et plus particulièrement pour les malades. » Attentif aux détails, le Lyonnais a noté que le pape regarde parfois la foule pendant la célébration. « Je me dit qu’il prie pour elle, ou pour les personnes qu’il a croisé lors de sa déambulation ? »
Silence, on célèbre
Au bout d’une bonne demi-heure, la papamobile parvient à entrer sur la place de la Concorde. Dans le carré réservé à la presse, certains sont debout sur leurs chaises pour faire une photo. Au milieu des mains brandissant un téléphone, on a la chance de voir le pape, enfin, le toit de la voiture qui transporte le pape. Les trompettes annoncent le début de la cérémonie. Le pape disparaît un instant, le temps de revêtir la chasuble blanche ornée de feuilles d’olivier et de bandes bleues, hommage marial. Léon XIV ferme le cortège de tous les évêques de France qui montent à l’autel. Après des heures de chants et de cris de joie, place au silence et à la prière. Audrey serre un petit chapelet entre ses doigts. La messe commence, en français. Dans l’Évangile (Jn 7, 37–39) du jour, il est question de soif et d’eau vive. Lors de son homélie, le pape file la métaphore de la source et rappelle aux petits comme aux grands de ce monde, que la vraie richesse est ailleurs : « Nous contentons-nous de biens matériels, de satisfactions immédiates qui, après un moment d’euphorie, laissent notre cœur vide ? » À l’inverse de cette quête des biens matériels, le pape donne en exemple ceux qui ont consacré leur vie au bien, en particulier « dans ce beau pays qu’est la France, beaucoup se sont abreuvés à cette eau vive au fil des siècles et ont totalement consacré leur vie au bien : […] les hommes et les femmes au cœur sensible aux besoins de leurs prochains comme Vincent de Paul, Frédéric Ozanam, Jeanne Jugan, et tant d’autres. »
Audrey sourit, remplie de joie. « Il a cité Ozanam ! On se sent rejoints dans notre mission et on se sent plein d’élan, c’est trop chouette ! » Vers la fin de la messe, lorsque le réseau désature un peu, les téléphones des bénévoles et salariés de la Société de Saint-Vincent-de-Paul vibrent pour se réjouir de cette mention du fondateur de l’œuvre. Déjà bienheureux, Frédéric Ozanam n’est pas encore canonisé mais visiblement bien présent dans l’esprit du pape.
16h30, après le Salve Regina et la bénédiction solennelle, le pape quitte la Concorde. Pour les pèlerins, il faut attendre que la zone soit à nouveau ouverte par les policiers pour pouvoir prendre le chemin du retour. Audrey a le temps de répondre à quelques questions. « Cette messe était extraordinaire. Je retiens cette unité, on était tous ensemble, une sorte de communion autour du saint père avec des gens qui viennent de plein d’horizons différents. » Même sentiment pour Bruno qui se réjouit « de cette communion de 800 000 chrétiens de toutes sensibilités. » Vincent, diacre et accompagnateur d’une équipe de bénévoles à Lille (59), profite d’un moment de répit pour poster des photos et un texte sur le réseau interne de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. « J’ai eu la joie de participer à la messe présidée par le pape Léon XIV. Au milieu de cette foule immense, j’ai été profondément touché par cette Église vivante, fraternelle et en marche. (…) Que cette rencontre avec le pape Léon XIV ne soit pas seulement un beau souvenir, mais un nouvel élan pour aller vers nos frères et sœurs avec un cœur ouvert et des mains prêtes à servir. »