Les bénévoles se préparent à vivre la visite du pape Léon XIV

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De Paris à Lourdes et Metz, des béné­voles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul se préparent à vivre la visite du pape Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre. Veillée des jeunes, messes, temps de priè­re… Ils racontent pourquoi ils ne veulent pas manquer ce rendez-vous. Par Valé­rie-Anne Maitre, rédac­trice en chef.

Au Stade de France, se mettre en route vers Léon XIV

Vendredi soir, Kevin fêtera son anni­ver­saire avec le pape. Et avec plus de 80 000 jeunes réunis au Stade de France, à Saint-Denis (93). Origi­naire de Besançon (25), il fera le voyage pour parti­ci­per à la grande veillée des jeunes, l’un des temps forts de la visite de Léon XIV en France et à l’Unesco, du 25 au 28 septembre. « J’ai rédigé une lettre à mon travail pour deman­der un congé un peu excep­tion­nel. On me l’a accordé !  » 

Parce que la visite d’un pape en France est histo­rique et atten­due, Faus­tine, étudiante infir­mière de 20 ans, a aussi prévu de « venir à la rencontre de Léon XIV. Je suis très hono­rée qu’il vienne. En tant que catho­lique, c’est la moindre des choses que de l’ac­cueillir.  » La pari­sienne a égale­ment réservé sa place dans les gradins du Stade de France aux côtés de la quaran­taine de jeunes béné­voles du réseau, impa­tients de se retrou­ver pour ce moment si spécial. « J’ai déjà vécu des regrou­pe­ments de jeunes, notam­ment aux JMJ. Mais vivre un temps de silence dans un stade, ce sera impres­sion­nant ! », imagine Anne-Char­lotte, 27 ans, béné­vole depuis un peu plus d’un an à la Confé­rence Pier Gior­gio Fras­sati, à Dijon (21).

Louanges, chants, adora­tion, ensei­gne­ment du pape… le programme sera à la fois festif et médi­ta­tif. Les paroles de Léon XIV sont très atten­dues par les jeunes. « Le pape s’adresse à notre monde actuel, souligne Anne-Char­lotte. Il aura sûre­ment des messages à faire passer.  » Plusieurs figures de sain­teté seront évoquées au cours de la veillée, dont certai­ne­ment saint Vincent de Paul, Frédé­ric Ozanam ou encore Pier Gior­gio Fras­sati, jeune béné­vole italien cano­nisé l’an­née dernière. Spon­ta­né­ment, Anne-Char­lotte comme Faus­tine citent la dernière ency­clique du pape, Magni­fica huma­ni­tas, consa­crée à l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle mais qui rappelle aussi les fonde­ments de la doctrine sociale de l’Église. « En tant que béné­vole, ce pape me parle. On vit dans un monde où l’on est de plus en plus tourné vers soi. Il nous invite à aller vers les autres  », insiste Anne-Char­lotte qui a bien noté dans le programme du pape sa visite à la Maison Bakhita à Paris, lieu d’ac­cueil de femmes en diffi­culté et de personnes en fragi­lité. « La Société de Saint-Vincent-de-Paul s’ins­crit complè­te­ment dans cette rencontre. » 

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Tous seront aussi présents le lende­main, samedi 26 septembre, sur les Champs-Élysées, pour la messe célé­brée par le pape Léon XIV en présence de plus de 600 000 personnes. «  J’ai prévu d’y aller avec mon mari et mon bébé  », rigole Anne-Char­lotte. Le groupe des jeunes compte bien se retrou­ver après l’évè­ne­ment pour parta­ger leurs impres­sions autour d’un verre. 

Dans le Rhône aussi, le rendez-vous se prépare. Laurent, béné­vole à Tassin-la-Demi-Lune (69), montera à Paris samedi avec le diocèse, à bord d’un TGV spécia­le­ment affrété. « Je ne suis pas assez jeune pour aller à la veillée, mais l’un de mes fils y sera !  » Aller à la rencontre du pape, c’est presque une histoire de famille. En 1986, la mère de Laurent était au stade de Gerland, à Lyon, lors de la visite de Jean-Paul II. « Elle en parle encore ! Du coup, je me suis dit que ce serait peut-être dommage de rater cet événe­ment. » Le père de famille note aussi cette forte mobi­li­sa­tion autour de lui. « C’est un acte mission­naire que d’être présent à Paris, un acte vis-à-vis de ceux qui hésitent à se plon­ger dans la foi chré­tienne. Ils vont voir tout ce monde engagé, qui vit sa foi… »

Si Laurent tient à être présent, c’est aussi parce que Léon XIV lui parle. « Chaque pape me touche, François, c’est bien sûr la maison commune, Laudato Si’, l’at­ten­tion portée aux migrants. Léon XIV est, lui, porteur d’un message de paix. Il est en plein dans l’ac­tua­lité, dans les préoc­cu­pa­tions qu’on peut avoir en ce moment.  » Le béné­vole se retrouve égale­ment dans l’at­ten­tion que le pape porte à la doctrine sociale de l’Église. « J’aime ce lien qu’il fait avec le pape Léon XIII. J’ai même décidé de relire Rerum nova­rum, en préam­bule de Magni­fia Huma­ni­tas que je lis actuel­le­ment.  »

 

Conver­ger vers Lourdes et à Metz pour rencon­trer le pape

Après Paris, le pape se rendra, tel un pèle­rin ordi­naire, à Lourdes (65). « Un lieu de grâce, inspi­rant ! On revient toujours de là avec des choses qu’on ne soupçon­nait pas  », commente Sophie, 55 ans. Pour cette béné­vole de Lavaur (81), par ailleurs très enga­gée dans l’au­mô­ne­rie des lycées, la visite du pape est un moment à ne pas rater. « J’em­mène une quin­zaine de jeunes avec moi. J’ai pris l’ha­bi­tude de les invi­ter à parti­ci­per à des actions avec notre équipe locale (Confé­rence Saint-Martin), par exemple lors des visites à la maison de retraite. Je veux leur montrer que la charité, ce n’est pas un concept, c’est concret ! » Malgré quelques diffi­cul­tés pratiques, Sophie persé­vère pour que son groupe vive cette visite histo­rique. « La foi, c’est ce qui nous permet de tenir dans les moments plus diffi­ciles.  » 

Près de Metz (57), Françoise, 83 ans, attend, elle aussi, cette visite avec impa­tience. Cette enga­gée de longue date dans la Société de Saint-Vincent-de-Paul de Saint-Mihiel (57) trouve que cette visite « donne un nouvel élan aux actions des béné­voles. Nous sommes une petite équipe, à peine neuf membres, mais la venue du pape chez nous, dans l’Est, cela nous donne du boost !   » Lundi prochain, elle ira à la rencontre du pape. « Avec trois autres béné­voles, nous prenons le bus du diocèse, une petite heure de trajet, mais il faut partir à 6h du matin.  » Pas de quoi décou­ra­ger la fidèle qui a déjà prévu son siège pliant. « C’est pour la bonne cause. On est telle­ment contents que le pape Léon XIV vienne chez nous ! Il sera à Metz pour la paix. » Lors de cette dernière étape, le pape devrait évoquer la figure de Robert Schu­man, cofon­da­teur de l’Eu­rope. « Un homme de paix.  » souligne-t-elle. 

 

Faire voya­ger l’évé­ne­ment jusqu’aux plus fragiles

Et pour ceux qui ne peuvent pas venir ? Tous les béné­voles et toutes les personnes accom­pa­gnées ne pour­ront évidem­ment pas rejoindre Paris, Lourdes ou Metz. Le réseau de la Société de Saint-Vincent-de-Paul s’or­ga­nise donc aussi pour vivre l’évé­ne­ment à distance. À Tarbes (65), Joseph, président de l’équipe dépar­te­men­tale, a d’abord regretté de ne pas pouvoir se rendre sur le site marial. « Mais nous accom­pa­gnons des personnes fragiles, qui ne peuvent pas faci­le­ment se dépla­cer. Alors, on va orga­ni­ser ça ici, dans nos locaux. »

Le jour de la messe, béné­voles et personnes accom­pa­gnées se retrou­ve­ront donc devant un rétro­projec­teur pour suivre la célé­bra­tion en direct. Une douzaine de personnes sont atten­dues, avec quelques gâteaux pour prolon­ger la rencontre. « On n’est pas là que pour leur donner des colis alimen­taires, souligne Sylvie, secré­taire de l’équipe dépar­te­men­tale. On partage aussi notre foi, la charité que l’on pratique. » Une manière aussi de parti­ci­per à la fête qui s’an­nonce à quelques kilo­mètres. Pour Joseph, sa venue résonne direc­te­ment avec l’en­ga­ge­ment des béné­voles : « Avec le pape, on retrouve cet amour des pauvres. On a l’im­pres­sion d’être enten­dus dans notre mission de charité. »

Dans l’Est de la France, Nico­las a lui aussi prévu de parta­ger cette visite avec les personnes qu’il visite régu­liè­re­ment, notam­ment en leur amenant les articles de jour­naux consa­crés au voyage. «  J’au­rais bien aimé que le monsieur que je rencontre régu­liè­re­ment puisse venir, lui aussi, à Paris, raconte Anne-Char­lotte. Mais c’est trop fati­guant pour lui, il a 85 ans. Je vais lui montrer les photos et lui racon­ter ce que j’ai vu.  » 

Écrire au pape avant la rencontre

Si le programme du pape ne prévoit pas de rencontre spéci­fique avec la Société de Saint-Vincent-de-Paul, Léon XIV passera pour­tant tout près de son histoire. Samedi matin, il se rendra à l’Ins­ti­tut catho­lique de Paris. C’est là, dans la crypte de l’église Saint-Joseph-des-Carmes, que repose Frédé­ric Ozanam, prin­ci­pal fonda­teur de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. À quelques jours de son arri­vée, les béné­voles ont aussi été invi­tés à adres­ser un message au pape sur le site de l’as­so­cia­tion. Beau­coup lui parlent de paix, de frater­nité et d’at­ten­tion aux plus fragiles. « Votre inspi­ra­tion montre le chemin de la paix », écrit Daniel. Baptiste salue, lui, son « dévoue­ment au service des plus fragiles  ». 

À Paris, Lourdes ou Metz, certains feront donc plusieurs heures de route pour aper­ce­voir Léon XIV, quand d’autres se retrou­ve­ront devant un écran. Mais à Tarbes, Sylvie préfère regar­der les choses autre­ment. « Le pape à Lourdes ? C’est une fête, un honneur ! On connaît bien Lourdes, on est du coin, on y est tous allés. Cette fois, c’est le pape qui vient nous rencon­trer.  »

Juan Manuel B Gomez.SSVP international

« Ce voyage est une invitation à renouveler notre mission »

Juan Manuel Gomez, président international

 « La visite du pape en France consti­tue pour la Société de Saint-Vincent-de-Paul un moment de profonde grâce et de renou­veau spiri­tuel. La France, berceau de saint Vincent de Paul et de Frédé­ric Ozanam, est un exemple pour toute la Confé­dé­ra­tion par sa fidé­lité à nos racines et son enga­ge­ment au service des plus dému­nis.

Ce voyage est une invi­ta­tion à renou­ve­ler notre mission en tant que laïcs vincen­tiens : vivre notre foi dans la frater­nité, aller à la rencontre des plus vulné­rables et faire de l’amour du prochain un témoi­gnage vivant de l’Évan­gile. Nous remer­cions tout parti­cu­liè­re­ment nos béné­voles, dont l’en­ga­ge­ment, le dévoue­ment et la proxi­mité avec les personnes accom­pa­gnées font vivre notre charisme. 

Que cette visite nous incite à servir avec humi­lité, à vivre la frater­nité et à conti­nuer à bâtir une société meilleure et plus juste sur le plan social, car notre étreinte renou­velle le monde. » 

Philippe Favrot, président national

Le pape nous parle !

« Il me semble que le pape Léon XIV nous parle direc­te­ment à nous, Vincen­tiens (béné­voles de la Société de Saint-Vincent-de-Paul), dans son ency­clique Dilexi Te et dans son message à l’oc­ca­sion de la Jour­née mondiale des pauvres. Il nous rappelle que les pauvres ne sont pas respon­sables de leur pauvreté, et que la pauvreté ne se limite pas au manque d’ar­gent. Car la pauvreté, c’est aussi la soli­tude, l’ex­clu­sion… Il y a des gens qui travaillent mais qui sont pauvres et dorment dans la rue ou dans leur voiture. La pauvreté n’est pas un choix.

Le pape réaf­firme l’op­tion préfé­ren­tielle pour les pauvres, et c’est une respon­sa­bi­lité à la fois person­nelle et collec­tive. Léon XIV le dit : « Les pauvres sont la chair même du Christ. » Cela n’est pas nouveau, la place des plus pauvres est au cœur du message de l’Église depuis ses débuts. Le pape rappelle aussi l’im­por­tance de la dignité de chaque personne. Cette dignité est la même, que l’on soit riche ou pauvre. Et Jésus, lui-même, s’est fait pauvre parmi nous. La charité ne peut pas être réduite à une aide maté­rielle ou finan­cière.

J’es­père que cette visite du pape Léon XIV en France et à l’Unesco sera un moment de joie et de ferveur pour tout le réseau de la Société de Saint-Vincent-de-Paul. Puisse-t-elle donner aux béné­voles de la force pour nour­rir notre quoti­dien et nos actions à l’ave­nir au service des plus fragiles. »